Le Niger prend le contrôle de ses ressources uranifères avec la création de TSUMCO SA
L’État nigérien a franchi une étape décisive dans sa politique minière en annulant définitivement les droits d’exploitation du groupe français Orano Mining. Une décision historique qui marque un tournant dans la gestion des ressources naturelles du pays. Le Conseil des ministres, présidé par le chef de l’État Abdourahamane Tiani, a validé la création d’une entreprise publique spécialisée dans l’extraction de l’uranium : la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA).
Cette nouvelle structure remplace la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR), nationalisée en juin 2025, et met fin aux 46 ans de concession détenue par Orano sur le site d’Arlit. Rappelons que cette exploitation, accordée en 1978 pour une durée de 75 ans, était devenue un symbole des partenariats miniers franco-nigériens. Le choix du nom Teloua n’est pas anodin : il rend hommage à une nappe phréatique souterraine de la région d’Arlit, zone emblématique de l’activité minière où se trouvait également l’ancienne mine COMINAK, exploitée par Orano/Areva jusqu’en 2021.
Les autorités nigériennes justifient cette réforme par la nécessité de réparer les dommages environnementaux causés par des décennies d’exploitation. Dans un communiqué officiel, elles évoquent des « impacts dramatiques » sur les sols, les ressources hydriques et les écosystèmes sahariens. TSUMCO SA incarne ainsi une volonté de souveraineté minière et de préservation des milieux naturels.
Une bataille judiciaire en toile de fond
Cette transition s’accompagne d’un conflit juridique avec Orano Mining, qui refuse de s’acquitter des nouvelles redevances imposées par Niamey. Depuis août 2024, une ordonnance nigérienne fixe à 25 millions de francs CFA par km² et par an le montant des droits superficiaires sur les périmètres non exploités. Après une mise en demeure envoyée en septembre 2025 sans réponse, l’État nigérien a saisi ce prétexte pour annuler définitivement la concession d’Orano.
Le ministre des Mines, Ousmane Abarchi, dénonce des « procédures de harcèlement judiciaire » menées par le groupe français pour bloquer les exportations d’uranium nigérien. Ces démarches s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions diplomatiques entre le Niger et la France, touchant les domaines sécuritaire, économique et stratégique. TSUMCO SA représente donc bien plus qu’une simple restructuration minière : elle symbolise l’affirmation d’une politique malienne indépendante en matière de ressources naturelles.
Les responsables nigériens rappellent par ailleurs qu’Orano reste redevable d’obligations fiscales et environnementales issues des anciens accords. Une position ferme qui illustre la détermination de Niamey à faire respecter sa souveraineté, malgré les recours engagés par le groupe français.