Trois ans après l’arrivée au pouvoir du général Abdourahamane Tiani, le Niger fait face à un bilan humain et politique de plus en plus préoccupant. Les promesses d’un retour à l’ordre et à la stabilité, brandies par la junte militaire après le renversement de Mohamed Bazoum en juillet 2023, se heurtent aujourd’hui à une réalité brutale : celle d’un régime qui étouffe méthodiquement les libertés fondamentales et s’enfonce dans une logique de contrôle absolu.
Le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) a progressivement érodé les fondements mêmes de la démocratie nigérienne. Sous prétexte de renforcer la sécurité et de préserver la souveraineté nationale, les autorités ont muselé l’opposition, verrouillé la justice et réduit à néant l’espace civique. Une stratégie qui, selon les observateurs, a transformé le pays en un État où les droits les plus élémentaires sont bafoués au nom d’une stabilité de façade.
Une justice instrumentalisée et des opposants sous les verrous
Le cas de l’ancien président Mohamed Bazoum et de son épouse, toujours détenus sans jugement malgré les condamnations internationales, incarne cette dérive autoritaire. Malgré les appels répétées à leur libération, les autorités militaires maintiennent leur emprise sur ces figures emblématiques de la vie politique nigérienne. Leur détention prolongée sans procès ni justification légale sert désormais d’avertissement à quiconque oserait contester le pouvoir en place.
La répression ne se limite pas aux personnalités politiques. En décembre 2024, l’arrestation de Moussa Tiangari, militant renommé pour les droits humains, a révélé une nouvelle étape dans la restriction des libertés. Ses avocats, invoquant les délais légaux de détention provisoire fixés à 12 mois pour les affaires de terrorisme, se sont heurtés à une modification soudaine du Code de procédure pénale. Une réforme rétroactive qui porte désormais la durée maximale de détention à quatre ans, transformant la procédure judiciaire en outil de répression.
Libertés publiques : un étau qui se resserre
Les mesures coercitives se multiplient et touchent tous les secteurs de la société. Les partis politiques, les syndicats et les ONG indépendantes subissent une dissolution systématique, tandis que les médias sont soumis à une censure de plus en plus stricte. Une loi révisée sur la cybercriminalité sert désormais de prétexte pour traquer les voix dissidentes. En octobre dernier, six journalistes à Niamey ont été arrêtés pour avoir simplement relayé une invitation à une conférence de presse, illustrant l’ampleur de la répression.
La junte n’hésite pas non plus à s’en prendre à la diaspora. Des opposants en exil, comme Mariama Djibrine, voient leur nationalité nigérienne révoquée, les privant de tout recours et les exposant à des risques accrus. Une tactique qui vise à isoler les critiques du régime et à étouffer toute velléité de contestation depuis l’étranger.
Un virage sociétal controversé et un isolement diplomatique croissant
En mars 2025, le régime a franchi une nouvelle étape en durcissant le Code pénal. La législation, désormais plus répressive, prévoit des peines allant de 5 à 20 ans de prison pour les relations homosexuelles et le soutien aux personnes LGBT. Cette mesure a déjà entraîné une vague d’arrestations et paralysé des programmes de santé publique essentiels, aggravant la précarité d’une population déjà vulnérable.
Sur la scène internationale, Niamey a choisi une politique de rupture. Après avoir annoncé son retrait de la CEDEAO, le Niger a également quitté la Cour pénale internationale (CPI) en juin 2025. Une décision qui isole davantage les citoyens nigériens, les privant de tout recours juridique face aux exactions commises, notamment dans la région de Tillabéri où la situation sécuritaire reste critique.
Appel à une mobilisation internationale
Face à cette escalade autoritaire, les organisations de défense des droits humains multiplient les alertes. Elles exhortent la communauté internationale à ne plus fermer les yeux sur les violations systématiques des droits fondamentaux au Niger. Leur message est clair : il est urgent de faire pression pour obtenir la libération des prisonniers politiques et rétablir un cadre démocratique. Sans une réaction forte et unie, le risque est grand de voir le Niger s’enfoncer durablement dans une spirale répressive aux conséquences imprévisibles.