Nominations judiciaires au Sénégal : une manœuvre politique risquée pour écarter Ousmane Sonko en 2029 ?

Les récentes nominations de magistrats au sommet de la justice sénégalaise soulèvent des questions sur leurs réelles motivations. Une analyse de ces choix révèle une volonté apparente d’influencer le destin politique d’Ousmane Sonko à l’horizon 2029, dans un contexte où la tension entre pouvoir et opposition n’a jamais été aussi palpable.
Le paysage judiciaire sénégalais vient de subir une mutation majeure avec la nomination de deux figures controversées. D’un côté, Ousmane Diagne, désormais à la tête du Conseil constitutionnel, et de l’autre, Serigne Bassirou Guèye, promu avocat général à la Cour d’Appel de Saint-Louis. Pour le politologue Mamadou Wane, surnommé « Mao », ces choix s’inscrivent dans une logique de reconstruction d’un système qu’il qualifie de « néocolonial ». Selon lui, le Président Bassirou Diomaye Faye orchestrerait ainsi une stratégie d’exclusion ciblée contre le leader du PASTEF, Ousmane Sonko, afin de l’empêcher de se présenter en 2029.
Cette manœuvre, bien que subtile, se heurterait à une réalité incontournable : la résilience d’un peuple sénégalais déterminé. « Celui qui croit pouvoir museler Sonko sous prétexte de réformes judiciaires commet une erreur de calcul », analyse le politologue. Il rappelle que la mobilisation populaire, notamment entre 2021 et 2024, a démontré la capacité du peuple à faire reculer les pouvoirs en place, quel que soit leur arsenal. « Le Sénégal a appris à résister, et cette expérience ne s’effacera pas », insiste-t-il.
Les tensions entre ces magistrats et Ousmane Sonko ne datent pas d’hier. Ousmane Diagne, ancien ministre de la Justice, avait été critiqué pour sa lenteur dans le traitement des dossiers sensibles, tandis que Serigne Bassirou Guèye est directement visé par des accusations de falsification de rapports judiciaires. Ce dernier aurait, selon Sonko, orchestré un complot politique en manipulant des preuves pour le discréditer. Une accusation que le politologue Mamadou Wane qualifie de « gravissime » : « Un magistrat qui s’adonne à de telles pratiques ne mérite plus de siéger dans une institution judiciaire. »
Révisionnisme politique : le retour d’un ancien système ?
Pour Mao Wane, ces nominations reflètent une tentative de réinstaller l’ordre politique d’avant 2021. « Nous assistons à une forme de révisionnisme historique, où l’on cherche à effacer les avancées démocratiques des dernières années », explique-t-il. Selon lui, le pouvoir actuel s’appuierait sur des cadres issus de l’ancienne coalition au pouvoir pour bâtir une nouvelle force politique centrale, marginalisant ainsi les acteurs de la « révolution démocratique » incarnée par le PASTEF.
Cette analyse divise clairement la scène politique sénégalaise. D’un côté, un camp perçu comme un défenseur de la « souveraineté nationale » et de l’autre, celui qui tente de restaurer un système jugé obsolète. « Le peuple sénégalais a déjà tranché en 2021 et 2024. Vouloir revenir en arrière serait une folie », avertit le politologue, qui rappelle que la jeunesse sénégalaise, mobilisée autour du PASTEF, représente une force indéniable.
PASTEF : une machine politique imparable ?
L’engouement autour du PASTEF et de ses cartes d’adhésion en dit long sur sa popularité. « Jamais un parti politique n’a connu un tel essor en si peu de temps », souligne Mamadou Wane. Avec une organisation militante solide et un leadership charismatique autour d’Ousmane Sonko, le PASTEF incarne aujourd’hui l’espoir d’une nouvelle génération de Sénégalais.
Le politologue insiste sur la maturité démocratique acquise par le peuple sénégalais au fil des alternances et des luttes récentes. « Les trois années de résistance entre 2021 et 2024 ont forgé une expérience unique. Les citoyens savent désormais comment faire plier un régime, quels que soient ses moyens de répression », analyse-t-il. Une telle mémoire collective rend toute tentative d’élimination politique de Sonko d’ores et déjà vouée à l’échec.