Note souveraine du Cameroun : sous le vernis du B-/B, les fragilités d’une économie à l’épreuve des choix politiques

Cameroun. Depuis des années, ce pays d’Afrique centrale évolue sous la loupe des agences de notation. Pourtant, lorsque Standard & Poor’s (S&P) a confirmé sa note souveraine à « B-/B » avec une perspective stable, le soulagement affiché par les autorités a rapidement laissé place à une réalité plus complexe. Derrière ce chiffre, ce sont les fondations mêmes du Cameroun qui sont scrutées à la loupe.

Une note stable, mais des équilibres économiques fragiles

La décision de S&P, rendue publique en pleine **transition politique** au sommet de l’État, n’est pas qu’un simple feu vert. Pour les marchés, elle sonne comme un avertissement discret mais ferme. La note « B- », positionnée cinq crans en dessous du seuil « investment grade », rappelle que le Cameroun reste un pays à risque. Cette étiquette reflète une **capacité de remboursement vulnérable**, soumise aux chocs externes et aux aléas internes. Les analystes pointent du doigt un **-endettement public élevé**, une économie encore trop dépendante de ses ressources pétrolières, et une gestion budgétaire qui peine à tenir ses promesses. L’exécution des réformes structurelles, notamment celles imposées par le FMI, reste un casse-tête pour les autorités.

La transition présidentielle, épée de Damoclès sur l’économie camerounaise

Si la note souverain a été maintenue, c’est parce que S&P juge la trajectoire budgétaire du Cameroun encore maîtrisable. Mais cette stabilité affichée a ses limites : elle repose sur une prémisse cruciale. La réussite de la transition politique après plus de quarante ans de pouvoir sans partage est désormais le sésame qui pourrait tout changer. Les élections à venir ne sont pas une simple formalité électorale. Elles incarnent un **moment charnière** pour l’économie du pays, qui pèse près de 30 % du PIB de la CEMAC. Un **scénario de transition maîtrisée** permettrait de rassurer les bailleurs, de poursuivre les réformes et de préserver l’accès aux marchés internationaux. À l’inverse, un **chaos post-électoral**, une contestation généralisée ou une vacance prolongée du pouvoir pourraient déclencher une crise de confiance des investisseurs, avec des conséquences en cascade : retrait des capitaux, hausse des primes de risque, et révision à la baisse de la notation.

Le Cameroun n’est pas un acteur marginal dans la région. Sa signature souveraine influence directement celle de ses voisins, comme le Gabon ou la République du Congo. Une dégradation de sa note aggraverait les tensions sur les réserves de change de la BEAC et compliquerait le refinancement des États de la zone franc.

Les réformes en marche, mais l’équation reste incomplète

Sur le papier, Yaoundé a fait des efforts. La rationalisation des subventions aux carburants, l’élargissement de l’assiette fiscale et la maîtrise des dépenses publiques ont permis de stabiliser le déficit budgétaire autour de 4 % du PIB, un niveau considéré comme soutenable. Pourtant, ces avancées sont fragilisées par des **vulnérabilités structurelles persistantes**. La part des recettes non pétrolières, aujourd’hui autour de 12 à 13 % du PIB, reste anémiée au regard des standards internationaux. La chute de la production pétrolière, autrefois pilier des recettes, aggrave le déséquilibre extérieur. Pendant ce temps, le service de la dette, qui engloutit une part croissante des budgets publics, limite la marge de manœuvre pour les investissements sociaux et économiques.

Les partenaires techniques et financiers gardent un œil sur deux secteurs clés : les hydrocarbures et l’électricité. La SNH et Camair-Co, deux entreprises stratégiques, doivent être restructurées pour redonner confiance aux investisseurs. Pourtant, les retards dans la mise en œuvre des réformes continuent de peser sur la crédibilité du Cameroun auprès de ses créanciers.

Un message clair aux investisseurs : prudence malgré la stabilité

Pour les gestionnaires de fonds exposés à la dette souveraine africaine, le message de S&P est sans ambiguïté : la porte des marchés reste entrouverte, mais le seuil est étroit. La confirmation de la note « B-/B » pourrait faciliter l’émission de nouveaux eurobonds ou attirer des capitaux privés, si les conditions le permettent. Cependant, l’**avertissement politique** lancé par l’agence souligne que le statu quo n’est pas une option. Dans une région où les tensions politiques et sécuritaires s’intensifient, la stabilité macroéconomique du Cameroun dépendra de sa capacité à traverser sereinement la période électorale. Les prochains mois seront décisifs : ils traceront la voie entre un rebond économique ou un décrochage douloureux.

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