Pêche au Gabon : à l’intérieur des négociations secrètes avec l’union européenne

Libreville, Septembre 2026 — Derrière les portes closes des négociations, une bataille économique se joue : celle du contrôle des eaux gabonaises. Après avoir dénoncé l’ancien accord de pêche avec l’Union européenne (UE) en juin 2025, le Gabon rouvre aujourd’hui le dossier sous un angle inédit. Ce n’est plus une simple question d’accès, mais un véritable bras de fer pour transformer une ressource naturelle en vecteur de richesse nationale.

Le Gabon sort de l’ombre des accords passifs

Le 18 septembre 2026, le gouvernement gabonais a officiellement lancé les négociations pour un nouveau protocole de pêche durable. Une décision historique, puisque le précédent accord, arrivé à échéance en juin 2026, ne bénéficiait plus aux navires européens. Plus question de laisser filer les opportunités sans contrepartie tangible : Libreville entend désormais imposer sa vision, où chaque poisson capturé doit engendrer une retombée concrète pour le pays.

Cette posture représente un virage stratégique. Le Gabon ne se contente plus de monnayer l’accès à ses eaux : il veut en faire un levier de développement. Une ambition nourrie par les failles criantes du modèle précédent, où les retombées économiques locales étaient largement sous-exploitées.

Les chiffres qui parlent : un partenariat à bout de souffle

L’ancien protocole, signé sous la bannière de la coopération durable, prévoyait un accès théorique à 32 000 tonnes de poissons par an pour les navires européens. Pourtant, les captures réelles peinaient à dépasser les 10 604 tonnes annuelles en moyenne, entre 2022 et 2024. Pire encore, certaines licences, comme celles des thoniers canneurs, restaient totalement inutilisées.

Côté financement, l’UE versait 1,6 million d’euros par an pour l’accès aux ressources, complétés par une enveloppe d’1 million d’euros destinée au développement du secteur. Mais l’évaluation européenne de 2024-2025 révèle que seulement 2 millions sur 5 millions prévus avaient été effectivement transférés. Une partie des fonds était même allouée à des infrastructures inachevées, sans impact mesurable sur l’emploi ou la transformation locale.

Un déséquilibre flagrant de la valeur ajoutée

Le Gabon n’a capté que 23 % de la valeur générée par l’accord, tandis que 47 % bénéficiait à des ports étrangers comme ceux de Côte d’Ivoire ou du Sénégal. Les navires européens débarquaient et transformaient la majeure partie de leurs prises hors du territoire gabonais, privant ainsi le pays de retombées en termes d’emplois et d’industrialisation.

Le futur accord devra donc intégrer des mécanismes contraignants : obligation de débarquement dans les ports gabonais, préférence locale pour la transformation, et embarquement systématique de marins gabonais qualifiés. Une façon de s’assurer que chaque tonne pêchée contribue à l’économie nationale.

Souveraineté halieutique : une question de transparence et de contrôle

Les négociations s’annoncent techniques. L’ancien système de déclaration électronique des captures n’était pas pleinement opérationnel, et les divergences entre les méthodes européennes et gabonaises avaient engendré des écarts dans les données. Pour éviter les mêmes erreurs, le Gabon exige désormais un cadre de suivi rigoureux, où chaque volume pêché serait traçable en temps réel.

Autre point de friction : l’embarquement des marins gabonais. Le précédent accord prévoyait l’intégration de 30 % de l’équipage local, mais aucun quota conforme n’avait été transmis aux armateurs européens. Résultat, les compensations financières prévues en cas de non-respect n’ont jamais été appliquées.

Repenser les licences : un levier pour l’économie locale

Parmi les six licences allouées aux thoniers canneurs et jamais utilisées, certaines pourraient être réallouées à des acteurs gabonais. Une piste pour dynamiser la pêche artisanale et créer des emplois durables. Le nombre de licences pour les senneurs pourrait également être revu à la baisse, pour éviter la surpêche et maximiser les retombées économiques.

Plus largement, Libreville veut faire de cette renégociation un modèle de partenariat équitable. Pas seulement un échange de droits contre des fonds, mais une collaboration où chaque partie y trouve un avantage proportionnel à sa contribution. Pour l’UE, cela pourrait signifier un accès continu aux ressources, mais sous des conditions bien plus exigeantes en termes de transparence et de valeur locale.

Vers un accord mesurable et transformateur

Le gouvernement gabonais a déjà fait savoir que le futur protocole serait évalué sur des critères concrets : nombre d’emplois créés, volume de poissons débarqués et transformés localement, montants investis dans les infrastructures portuaires. Plus question de se contenter de promesses : les engagements devront être vérifiables et auditable par des tiers indépendants.

Cette approche marque un tournant dans les relations de pêche africaines avec l’UE. Le Gabon ne cherche pas à fermer ses eaux, mais à renégocier les règles du jeu pour en faire un pilier de son développement économique.

Pour le Gabon, cette renégociation n’est pas qu’une question de pêche : c’est une déclaration d’indépendance économique.

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