Avec un montant de 12,2 milliards de FCFA collectés en seulement quatre mois, le Cameroun bat des records sur le droit de transit du pétrole tchadien acheminé par le pipeline Tchad-Cameroun. Selon les dernières données du Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), cette performance représente une hausse de 1,2 milliard de FCFA par rapport à la même période en 2025, soit une progression de 11 %. Ce résultat s’appuie sur un volume de 16,1 millions de barils de brut tchadien transportés sur le territoire camerounais durant cette période.
Un corridor stratégique pour l’exportation du pétrole tchadien
S’étendant sur 1 080 kilomètres, cette infrastructure relie les gisements pétroliers du sud du Tchad au terminal d’exportation de Komé-Kribi, situé sur la côte camerounaise. Sans accès à la mer, le Tchad dépend entièrement de ce pipeline pour exporter sa production vers les marchés internationaux. Inauguré au début des années 2000 sous l’égide d’un consortium dirigé initialement par ExxonMobil, cet oléoduc reste aujourd’hui le seul moyen viable pour écouler le brut tchadien.
Pour le Cameroun, cette situation se traduit par un apport financier régulier. Chaque baril traversant son territoire génère un droit de transit de 1,321 dollar, reversé au Trésor public. Ce mécanisme, bien que simple, contribue significativement aux recettes non fiscales du pays, dans un contexte où Yaoundé cherche à compenser la baisse tendancielle de sa propre production pétrolière.
Une redevance en constante augmentation depuis 20 ans
Le montant actuel de la redevance résulte d’une série de négociations entamées en 2013. Initialement fixé à 0,41 dollar par baril, ce tarif était jugé insuffisant par les autorités camerounaises au regard des risques environnementaux et logistiques encourus. Sous la pression de Yaoundé, un mécanisme de révision quinquennale a été instauré, avec deux ajustements successifs en 2013 et 2018 pour porter la redevance à son niveau actuel.
En quinze ans, la rente unitaire a plus que triplé, alignant progressivement les conditions financières du transit sur celles observées dans d’autres corridors pétroliers africains, comme le système BTC en Asie centrale ou les accords en vigueur sur l’oléoduc tchado-camerounais voisin du COTCO. Pourtant, la prochaine étape de cette indexation reste en suspens.
Une révision tarifaire promise, mais toujours reportée
Conformément au calendrier convenu entre les parties, une nouvelle hausse des droits de transit aurait dû entrer en vigueur le 1er octobre 2023. Pourtant, plus de deux ans après, aucun communiqué officiel n’a confirmé la conclusion des négociations ni acté une éventuelle augmentation. Ce silence prolongé interroge d’autant plus que les autorités camerounaises ont récemment multiplié les annonces sur l’optimisation des recettes pétrolières.
Plusieurs éléments pourraient expliquer ce blocage. La situation politique et budgétaire du Tchad, marquée par la transition post-Déby et des tensions économiques, limite la marge de manœuvre des négociateurs. Par ailleurs, les fluctuations de la production pétrolière tchadienne pourraient inciter les opérateurs à plaider pour une stabilité tarifaire afin de préserver la rentabilité des champs en déclin. Du côté camerounais, l’objectif est inversement de maximiser les revenus d’une infrastructure dont la durée de vie utile reste limitée.
Malgré ces incertitudes, la dynamique actuelle profite directement au budget de l’État camerounais. Si la tendance observée sur les quatre premiers mois de 2026 se maintient, les recettes annuelles pourraient dépasser les 35 milliards de FCFA. Une manne financière qui consolide la position du pipeline Tchad-Cameroun parmi les actifs stratégiques générateurs de devises pour Yaoundé, aux côtés du gaz de Kribi et des exportations agricoles.