Alors que les Togolais subissent de plein fouet une crise économique et une flambée des prix, les dépenses diplomatiques de l’exécutif suscitent un vif mécontentement. D’après des évaluations basées sur l’examen des budgets alloués à la souveraineté et des contrats d’influence à l’international, le processus ayant abouti au vote et à la promotion de la « nouvelle carte de l’Afrique » à l’ONU aurait englouti pas moins de 2 millions de dollars américains provenant des deniers publics togolais.
Durant de nombreux mois, la diplomatie togolaise a fait preuve d’un zèle remarquable pour faire aboutir cette initiative cartographique. Cependant, derrière les discours vantant le « rayonnement diplomatique du Togo », la réalité comptable de cette entreprise met en lumière l’ampleur des ressources étatiques dilapidées pour une réussite essentiellement symbolique.
Détail de la dépense : tournées, lobbying et cabinets de conseil
Comment ont été utilisés ces 2 millions de dollars prélevés sur le budget national ? L’examen des flux logistiques et diplomatiques permet de retracer l’allocation des fonds :
- Les cabinets de lobbying et de conseil stratégique à l’international : pour faire inscrire cette résolution à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies et convaincre les chancelleries occidentales et asiatiques, Lomé a eu recours à des officines d’influence spécialisées dans la diplomatie d’affaires et la communication de crise. Parmi les prestataires sollicités figurent des cabinets de relations publiques basés à Paris (notamment des structures de conseil en communication d’influence habituées à travailler pour des présidences africaines) ainsi que des firmes de lobbying américaines implantées à Washington D.C., enregistrées auprès du Foreign Agents Registration Act (FARA) afin de faciliter l’accès de la diplomatie togolaise aux décideurs anglophones. Ces contrats d’honoraires et de conseil en stratégie multilatérale ont été réglés en devises étrangères pour des montants atteignant plusieurs centaines de milliers de dollars.
- Les tournées diplomatiques de Robert Dussey : le ministre des Affaires étrangères a multiplié les déplacements en première classe et les séjours dans des hôtels de luxe à New York, Paris, Genève et dans plusieurs capitales africaines pour mener son lobbying direct. Vols privatisés, per diem élevés et frais de représentation des délégations officielles ont représenté une part considérable de la facture.
- La diplomatie d’apparat et les réceptions de soutien : dîners officiels, cadeaux diplomatiques, prise en charge de délégués et d’experts internationaux lors des réunions préparatoires : les frais d’intendance destinés à obtenir des votes favorables ont fait grimper les coûts annexes.
- Les agences de communication et médias d’influence : financement de campagnes de relations presse ciblées dans les médias internationaux, publication de tribunes sponsorisées et organisation de colloques sur mesure pour donner une légitimité académique à la démarche.
Une priorité déconnectée des urgences sociales
Pour la société civile et les observateurs économiques, ce gaspillage de ressources financières apparaît injustifiable au regard des réalités nationales. 2 millions de dollars, soit plus d’un milliard de francs CFA, auraient permis d’équiper les hôpitaux de Kara, Dapaong ou Adetikopé, qui manquent cruellement de matériel de base, de construire des salles de classe ou de financer des programmes d’aide aux ménages les plus vulnérables.
En privilégiant les opérations de prestige et le recours massif à des cabinets de conseil étrangers au détriment des besoins essentiels des citoyens, le pouvoir togolais illustre une nouvelle fois le fossé entre ses ambitions d’image sur la scène internationale et les urgences quotidiennes du peuple togolais.