pouvoir camerounais : la question de la vacance est-elle légitime ?
Le président Paul Biya, figure historique du Cameroun, a quitté le pays le 7 juin 2026 pour un séjour privé en Europe, officiellement présenté comme « court » par les autorités. Cette absence prolongée, qui dépasse désormais plusieurs semaines, alimente les débats sur la vacance du pouvoir au sommet de l’État. Mais que dit réellement la loi camerounaise sur ce sujet ?
un séjour prolongé qui interroge l’opinion publique
Dans un éditorial diffusé sur les ondes de la Radio Tiémeni Siantou (90.5 FM à Yaoundé et Bafang), l’analyste politique Éric Boniface Tchouakeu s’est penché sur cette absence remarquée. Les autorités ont confirmé que le chef de l’État réside à Genève, en Suisse, où il a ses habitudes depuis son accession au pouvoir en 1982. Pourtant, malgré les déclarations rassurantes des responsables gouvernementaux sur son état de santé, les spéculations persistent. Certains observateurs n’hésitent plus à évoquer une possible vacance du pouvoir, notamment en raison de l’absence de signes concrets d’exercice de l’autorité présidentielle depuis l’étranger.
Les interrogations se multiplient d’autant plus que, depuis plus de 43 ans au pouvoir, Paul Biya n’a jamais signé de décret majeur ou pris de décision politique importante en dehors du Cameroun. Une pratique qui contraste avec l’urgence affichée lors de la réforme constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président, adoptée dans des délais record.
ce que dit la constitution camerounaise sur la vacance du pouvoir
Contrairement à une idée reçue, la loi fondamentale camerounaise ne fixe aucune limite temporelle à l’absence du président en dehors du territoire national. La notion de vacance du pouvoir n’est donc pas liée à la durée d’un séjour à l’étranger, mais uniquement à trois cas précis définis par la constitution :
- le décès du président en exercice ;
- sa démission ;
- ou un empêchement définitif, dont la définition reste floue dans le texte constitutionnel.
En l’absence de précision légale sur ce qu’il faut entendre par « empêchement définitif », il est impossible de conclure à une vacance du pouvoir sur la seule base d’un séjour prolongé à l’étranger. Le président pourrait, en théorie, diriger le pays depuis un autre continent sans contrevenir à la loi.
une question plus éthique que juridique
Si le cadre légal semble clair, les attentes de l’opinion publique et les règles de morale politique soulèvent d’autres questions. L’attente interminable de la formation du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025, ainsi que le retard dans la nomination d’un vice-président, alimentent les doutes sur la capacité du régime à fonctionner normalement. Ces retards, couplés à l’absence prolongée du chef de l’État, donnent l’impression d’une gestion institutionnelle en suspens.
Dans un contexte où la transparence et la responsabilité des dirigeants sont de plus en plus scrutées, le débat dépasse le cadre juridique pour toucher à la légitimité politique. Les Camerounais sont en droit de s’interroger : un pouvoir peut-il être considéré comme pleinement effectif lorsque son principal acteur est physiquement absent depuis des semaines, sans que cela ne soit justifié par une crise avérée ?
que retenir de cette situation ?
La vacance du pouvoir au Cameroun ne peut être établie sur la seule base d’un séjour prolongé du président à l’étranger. La constitution camerounaise encadre strictement les conditions dans lesquelles cette vacance peut être constatée, et aucune de ces conditions n’est remplie à ce jour. Cependant, la durée inhabituelle de cette absence, combinée à des décisions institutionnelles reportées, nourrit un climat de défiance et de questionnements légitimes.
En définitive, si la loi ne permet pas de parler de vacance, l’éthique politique et les attentes citoyennes imposent au pouvoir en place de clarifier la situation. L’opacité entourant cette absence prolongée risque, à terme, d’éroder la confiance des Camerounais dans leurs institutions.