Dakar 2026 : le Sénégal face à l’épreuve des premiers JOJ africains
Babacar Senghor, coordonnateur du projet des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), devant les plans de la piscine
À moins de six mois de l’échéance, le Sénégal se mobilise pour les premiers Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) jamais organisés en Afrique, qui se tiendront à Dakar du 31 octobre au 13 novembre 2026. Initialement prévus en 2022, ces Jeux ont été reportés en raison de la pandémie de Covid-19. Une première historique pour le continent, mais aussi un défi de taille pour le pays hôte.
Un événement chargé de symboles et de responsabilités
L’organisation de ces JOJ représente une opportunité unique pour le Sénégal de démontrer sa capacité à gérer un événement sportif d’envergure mondiale. Ahmadou al-Aminou Lo, ministre d’État chargé du suivi du pilotage et de l’évaluation de l’agenda national Sénégal 2050, supervise un comité de veille dédié, qui se réunit deux fois par mois. Son rôle ? Assurer la qualité des préparatifs et lever tous les risques liés à la livraison des Jeux.
« Il en va de l’image du Sénégal et de l’Afrique. Nous avons l’obligation de prouver que nous sommes capables d’organiser des événements sportifs d’envergure mondiale. »
La pression est double : faire de ces Jeux un succès tout en garantissant un héritage durable pour la jeunesse sénégalaise. Le ministre souligne l’importance de transformer cet événement en un levier pour le développement du sport local, avec la création de centres d’excellence et la promotion de la haute compétition.
Une organisation minutieuse et des infrastructures en construction
Les préparatifs s’accélèrent à Dakar, notamment autour du complexe Tour de l’Œuf, où se construisent une nouvelle piscine olympique et des bassins d’entraînement. Plus de 450 ouvriers travaillent quotidiennement sur ce site, qui accueillera aussi des épreuves de basket 3×3, baseball, breaking et skateboard. Les travaux, menés par le géant du BTP Sogea-Satom (filiale de Vinci), sont en cours mais accusent un léger retard par rapport au planning initial.
Le complexe, équipé de technologies innovantes pour économiser l’eau et l’énergie, doit être livré au Comité d’organisation des JOJ (Cojoj) le 15 août, soit deux mois et demi avant le début des compétitions. Un premier test de remplissage des bassins est prévu pour le 15 mai.
Vue aérienne du point E, Dakar
Un partenariat stratégique avec la France
Le Sénégal bénéficie du soutien de la France, notamment via l’Alliance Dioko, une convention signée en 2019 qui facilite le partage d’expériences entre les comités d’organisation des JO de Paris 2024 et des JOJ de Dakar. Une trentaine d’experts français ont été intégrés à l’équipe sénégalaise, et 419 jeunes ont été formés dans la Learning Academy pour acquérir des compétences en organisation d’événements sportifs.
L’ambassade de France au Sénégal a également contribué financièrement (233 000 € sur deux ans) à la rénovation de l’Académie de judo du lycée Lamine Gueye, permettant notamment la modernisation de l’internat et du dojo. Un prêt souverain de l’Agence française de développement (AFD) (80 M€) a par ailleurs permis la rénovation du Stade Iba-Mar-Diop et du complexe Tour de l’Œuf, ainsi que la construction de douze infrastructures sportives de proximité.
« Dans le cadre du partenariat avec le Sénégal, une trentaine d’experts de Paris 2024 ont été intégrés dans l’équipe de Dakar 2026. »
Un défi environnemental et social
Au-delà des infrastructures, le Sénégal doit aussi relever un défi de taille : la propreté urbaine. Les autorités locales ont conscience de l’importance de présenter une ville impeccable. Ahmadou al-Aminou Lo l’affirme sans détour :
« Notre première médaille sera celle de la propreté. On a mis en place un plan de bataille pour faire ce que Kigali a réussi. »
Dakar, actuellement classée 17e parmi les villes africaines les plus propres selon Jeune Afrique (2025), vise à s’inspirer du modèle rwandais.
Après les Jeux, les infrastructures devront être utilisées pour le bénéfice de la population locale, notamment via des centres sportifs et éducatifs. L’objectif est de doubler la contribution du sport au PIB du Sénégal (actuellement à 15 millions d’euros) grâce à l’industrie du tourisme d’affaires (MICE).
En bref : ce qu’il faut retenir
- Premiers JOJ en Afrique : un événement historique pour le Sénégal et le continent.
- 2 700 athlètes de moins de 18 ans sont attendus pour 25 sports de compétition et 153 épreuves.
- Partenariat France-Sénégal : soutien technique, formation et financement pour garantir la réussite des Jeux.
- Héritage durable : création de centres sportifs et éducatifs pour la jeunesse sénégalaise.
- Défi environnemental : Dakar mise sur la propreté urbaine pour impressionner le monde entier.
Le Sénégal est prêt à relever le défi. À quelques mois du coup d’envoi, tout le pays retient son souffle pour faire de ces Jeux Olympiques de la Jeunesse une célébration du sport et de l’Afrique.