Projet food systems : le Bénin mise sur riz et maïs pour sauver ses sols et son agriculture

Avec près de 70 % des emplois et 26 % du PIB national reposant sur l’agriculture, le Bénin mise sur une transformation profonde de ses filières riz et maïs. Face à l’épuisement accéléré des sols, qui menace la sécurité alimentaire et l’économie, un projet d’envergure a été lancé pour inverser la tendance. Baptisé « Food Systems », ce programme ambitieux s’appuie sur un budget de plus de 20 millions de dollars et vise une restauration durable des terres d’ici 2030.

Un sol à bout de souffle : l’urgence qui secoue le secteur agricole béninois

L’agriculture béninoise, pilier de l’économie locale, montre des signes d’essoufflement. Les terres, autrefois fertiles, perdent progressivement leur capacité productive, réduisant les rendements et fragilisant les moyens de subsistance des producteurs. Selon les dernières analyses, plus de 5 millions de Béninois subissent directement les conséquences de cette dégradation, tandis que 38 % du territoire national est désormais classé comme dégradé.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la baisse des rendements agricoles, estimée à 50 % dans certaines zones, prive les communautés rurales d’accès à des ressources essentielles comme l’eau ou les denrées alimentaires. Adin Yeton Bloukounon Goubalan, Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, a tiré la sonnette d’alarme lors du lancement du projet :

« Un sol appauvri condamne les agriculteurs à une précarité croissante. Sans action urgente, ce cercle vicieux aggravera encore les inégalités et la dépendance alimentaire du pays. »

Food Systems : une réponse globale pour des filières riz et maïs revitalisées

Plutôt que de se limiter à des mesures ponctuelles, le projet Food Systems adopte une approche systémique. Porté par le Gouvernement béninois en partenariat avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), il ambitionne de moderniser les pratiques agricoles, optimiser les politiques publiques et renforcer l’accès aux marchés pour les producteurs de riz et de maïs.

L’enjeu ? Passer d’un modèle traditionnel, peu productif et énergivore, à une agriculture intégrée, résiliente et économiquement viable. L’objectif est clair : faire du Bénin un exemple de transition agroécologique en Afrique de l’Ouest.

Un financement solide pour des résultats concrets

Pour concrétiser cette vision, un budget de 20 766 207 dollars a été mobilisé. Cette enveloppe, répartie entre l’État béninois (14,8 millions de dollars), le FEM (5,9 millions de dollars) et d’autres partenaires, financera des actions ciblées jusqu’en 2030. Cinq communes prioritaires ont été sélectionnées : Karimama, Malanville, Glazoué, Kétou et Les Aguégués.

Les résultats attendus sont ambitieux : 20 000 hectares de terres dégradées restaurés, 114 900 hectares couverts par des pratiques durables, et un impact direct sur 36 000 producteurs, ainsi que 356 000 bénéficiaires indirects dans les zones ciblées.

Une mise en œuvre exigeante : technologies et engagement collectif

Malgré l’enthousiasme suscité par le projet, les responsables insistent sur la rigueur nécessaire à sa réussite. Adin Yeton Bloukounon Goubalan a souligné l’importance d’un choix judicieux des méthodes de restauration des sols avant toute généralisation. Paul-Henri Zoéwindé Bouda, Représentant résident de la FAO au Bénin, a ajouté :

« La technologie seule ne suffira pas. Si les agriculteurs n’adhèrent pas pleinement au projet et si les structures locales ne s’impliquent pas à chaque étape, les objectifs resteront hors de portée. »

Une coordination sans faille entre acteurs publics, privés et communautaires sera donc indispensable pour transformer cette initiative en succès durable.

Vers une autonomie alimentaire renforcée

En s’attaquant à la racine du problème – la dégradation des sols –, le projet Food Systems trace la voie vers une sécurité alimentaire durable pour le Bénin. Si les cibles fixées pour 2030 sont atteintes, le pays pourrait non seulement garantir ses approvisionnements en riz et maïs, mais aussi devenir un modèle de transition écologique pour la sous-région. Une révolution verte en marche, où l’innovation et la collaboration façonnent l’avenir agricole du pays.

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