Le Mali et l’Algérie enterrent plus d’un an de tensions
En février 2026, Bamako rejetait avec véhémence toute idée de retour vers Alger. Les autorités maliennes parlaient alors de « manipulation grossière » pour discréditer des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux. Ces allégations suggéraient le rétablissement des relations diplomatiques avec l’Algérie, suivant l’exemple du Niger voisin. Bamako avait catégoriquement nié ces informations, accusant des « éléments malintentionnés » de vouloir semer la discorde au sein de la junte.
Pourtant, le 10 juillet 2026, le gouvernement de transition malien officialisait un revirement spectaculaire. Le communiqué n°2026-003 annonçait le retour de son ambassadeur à Alger ainsi que la réouverture de l’espace aérien malien aux avions civils et militaires algériens. Une décision qui répondait à une mesure similaire prise par Alger quelques semaines plus tôt. Le soir même, l’Algérie officialisait à son tour le retour de son ambassadeur à Bamako. En l’espace de quelques heures, les deux pays enterraient plus d’un an de gel diplomatique.
La crise nord-malienne force Bamako à revoir sa stratégie
Ce basculement s’explique par l’évolution dramatique de la situation dans le nord du Mali. Depuis l’offensive conjointe du 25 avril 2026, les groupes armés touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes affiliés à Al-Qaïda du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) ont uni leurs forces contre une cible commune : la junte malienne et ses alliés russes de l’Africa Corps. Cette offensive a notamment coûté la vie au ministre malien de la Défense, Sadio Camara, et a replacé la ville de Kidal au cœur des tensions.
La pression militaire ne s’est pas relâchée. Le 4 juillet, une série d’attaques coordonnées a visé plusieurs localités stratégiques : Gao, Anéfis, Aguelhok, Sévaré et Keniéroba. La prison de Kéniéroba, située à 60 km de Bamako, a notamment été prise pour cible. Les combats les plus intenses se sont concentrés autour d’Anéfis, point névralgique entre Gao (encore sous contrôle gouvernemental) et Kidal (passée sous influence rebelle). Pour Bamako, la perte durable de cette ville aurait signifié l’affaiblissement critique de son accès au nord-est du pays.
Les forces maliennes, soutenues par l’Africa Corps, ont finalement réussi à briser le siège autour d’Anéfis grâce à l’arrivée d’un important convoi de renforts en provenance de Gao. Le FLA a reconnu un retrait tactique, bien que les bilans restent difficiles à vérifier. Malgré cette victoire, Bamako reste sous forte pression militaire dans le nord du pays.
Une frontière de 1 400 km à sécuriser
C’est dans ce contexte tendu que le rapprochement avec Alger prend tout son sens. L’Algérie partage avec le Mali une frontière de près de 1 400 km, traversant des zones où opèrent des groupes armés touareg et djihadistes. Dans cette région saharienne vaste et difficile à contrôler, aucun dispositif de sécurité durable ne peut ignorer le rôle stratégique d’Alger.
L’Algérie a longtemps été le médiateur principal entre Bamako et les mouvements du Nord, jusqu’à l’accord de paix de 2015. Cet accord, signé sous l’égide algérienne, visait à mettre fin à la guerre du Mali. Cependant, la junte malienne a dénoncé cet accord en janvier 2024, plongeant les relations bilatérales dans une crise profonde.
La tension a atteint son paroxysme après l’incident du drone malien abattu près de la ville frontalière de Tin Zaouatine en avril 2025. Cet événement avait entraîné le rappel réciproque des ambassadeurs et la fermeture des espaces aériens entre les deux pays. Pourtant, malgré ces divergences, Bamako a fini par reconnaître qu’elle ne pouvait ignorer le voisin algérien dans la gestion de sa crise nordiste.
Bamako s’aligne sur Niamey et Ouagadougou
Le Mali était jusqu’alors le seul membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) à maintenir une relation aussi conflictuelle avec Alger. Le Niger avait relancé le dialogue dès février 2026 en rétablissant ses relations diplomatiques et en accueillant le général Abdourahamane Tiani à Alger. Le Burkina Faso, quant à lui, avait engagé un rapprochement économique avec l’Algérie, notamment dans les secteurs des hydrocarbures, de l’énergie et des mines.
Ce décalage devenait intenable pour Bamako. Les trois pays de l’AES partagent les mêmes défis : une insécurité persistante, une dépendance accrue envers des partenaires extérieurs et la nécessité de rouvrir des canaux régionaux. Pour Bamako, s’inscrire dans cette dynamique régionale représentait une nécessité stratégique. Du côté algérien, cette normalisation valide une approche pragmatique portée par le président Tebboune. Plutôt que d’imposer ses vues, Alger a d’abord renoué avec Niamey, puis renforcé ses liens avec Ouagadougou. En avril 2026, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, réaffirmait le soutien d’Alger à l’unité du Mali et son rejet du terrorisme. Début mai, le président Abdelmadjid Tebboune avait indiqué que l’Algérie restait prête à aider, à condition que Bamako en manifeste la volonté.
Le retour des ambassadeurs entre les deux pays offre désormais un cadre concret à cette disponibilité. En acceptant de renouer avec Alger malgré la pression militaire persistante, Bamako reconnaît implicitement qu’elle ne peut résoudre seule une crise qui dépasse largement ses frontières. Le démenti de février 2026 exprimait une volonté de fermeté. Le communiqué du 10 juillet montre que cette ligne a atteint ses limites.