Opposer son avis à Ousmane Sonko : un choix risqué pour les sénégalais
Au Sénégal, exprimer une opinion critique envers Ousmane Sonko, figure montante de la scène politique, s’apparente aujourd’hui à un exercice périlleux. La virulence des réactions en ligne, orchestrée par les partisans les plus radicaux de son parti, le Pastef, dissuade bien des voix de s’aventurer sur ce terrain miné. Les réseaux sociaux, devenus de véritables champs de bataille verbale, transforment toute critique en cible potentielle de campagnes de dénigrement systématiques.
Cette atmosphère délétère inhibe le débat public et instaure un climat de peur palpable. Les responsables de la société civile ainsi que les journalistes tirent la sonnette d’alarme : l’intimidation, qu’elle soit numérique ou physique, s’est généralisée. Les détracteurs d’Ousmane Sonko, même les plus modérés, se retrouvent souvent exposés à des campagnes de harcèlement en ligne, orchestrées par des militants zélés du Pastef.
Menaces explicites contre les médias et la justice
Dès sa nomination à la Primature en avril 2024, Ousmane Sonko a multiplié les déclarations intimidantes envers les médias : « Désormais, il ne sera plus toléré que des organes de presse publient des informations non vérifiées ou diffamatoires sous couvert de liberté d’expression. » Ces propos ont immédiatement suscité l’inquiétude des professionnels des médias, redoutant une restriction accrue de leur liberté.
Le chef du gouvernement ne s’est pas limité aux critiques médiatiques. En novembre 2025, lors d’une réunion publique, il a vivement critiqué certains magistrats, les accusant de saboter les enquêtes financières et de perpétuer les pratiques du « système » qu’il combat depuis son entrée en politique. Ces attaques verbales ont provoqué une vive réaction chez les représentants du corps judiciaire, qui y voient une atteinte à leur indépendance.
Recul préoccupant des droits des femmes
Le climat politique actuel s’accompagne d’un affaiblissement inquiétant des droits des femmes au Sénégal. Malgré l’existence de lois progressistes, comme celle sur la parité adoptée en 2010, leur application reste largement insuffisante. Ossama Monique Sagna, militante féministe reconnue, souligne un recul tangible : « Le gouvernement actuel compte bien moins de femmes ministres que le précédent. Sous Macky Sall, sept femmes occupaient des postes ministériels ; aujourd’hui, elles ne sont plus que quatre, soit à peine 13 % des effectifs. »
Cette sous-représentation reflète un désengagement politique envers les questions de genre. Les revendications féministes, pourtant historiques, peinent à trouver écho. Malgré les appels répétés à réformer le Code de la famille, à appliquer le protocole de Maputo ou à lutter efficacement contre les féminicides, les avancées concrètes se font attendre.
Selon les dernières données disponibles, près de 18 féminicides ont été recensés en 2025 au Sénégal. Les associations dénoncent l’absence de réactions fermes de la part des autorités, malgré l’urgence de la situation. Les violences basées sur le genre et les féminicides continuent de marquer profondément la société, sans que les mesures nécessaires ne soient mises en œuvre.
Ossama Monique Sagna résume la situation avec amertume : « Les mêmes revendications reviennent sans cesse, car les réponses politiques manquent cruellement. Les droits reproductifs, la protection contre les violences conjugales, la réforme du Code de la famille : rien n’avance vraiment. Le combat pour l’égalité des genres reste un parcours semé d’embûches. »