Sécurité au Burkina Faso : le défi impossible de l’État face à la menace terroriste

Un pays autrefois synonyme de stabilité, aujourd’hui en proie à l’insécurité

Il fut une époque où le Burkina Faso était perçu comme un îlot de stabilité dans une région sahélienne souvent agitée. Pourtant, derrière cette image se cachaient déjà des tensions politiques et sociales, notamment sous le long mandat de Blaise Compaoré. Vingt-sept années de pouvoir sans alternance démocratique avaient transformé le pays en un régime contesté, critiqué tant par l’opposition que par la communauté internationale.

Mais aujourd’hui, une question s’impose avec une urgence nouvelle : comment garantir la sécurité des citoyens lorsque l’État semble impuissant face à la montée des violences ? Cette interrogation hante désormais le quotidien des Burkinabè, qui comparent avec amertume l’époque de Compaoré à la situation actuelle sous le capitaine Ibrahim Traoré.

L’ère Compaoré : une stabilité relative malgré les critiques

Sous Blaise Compaoré, le Burkina Faso n’était pas à l’abri des tensions politiques, mais la sécurité des populations n’était pas encore menacée par des attaques terroristes d’une telle ampleur. Les Burkinabè circulaient librement, les agriculteurs travaillaient leurs champs sans crainte, et les commerçants approvisionnaient les marchés sans redouter des violences. Le terrorisme, qui allait plus tard s’étendre au Sahel, ne pesait pas encore sur le pays comme il le fait aujourd’hui.

Cette période n’était pas exempte de reproches : le pouvoir était concentré entre les mains d’un seul homme, les libertés politiques étaient limitées, et l’alternance démocratique semblait impossible. Pourtant, malgré ces lacunes, la sécurité physique des citoyens restait une priorité, même si elle n’était pas toujours parfaite.

Ibrahim Traoré : des promesses ambitieuses face à une réalité implacable

L’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, à travers un coup d’État militaire, avait suscité l’espoir d’un changement radical sur le plan sécuritaire. Les nouvelles autorités avaient promis une reconquête des territoires perdus, une restauration de la souveraineté nationale et une réponse plus efficace contre les groupes armés. Pourtant, plusieurs années plus tard, ces engagements peinent à se concrétiser pleinement.

Les communiqués officiels mettent régulièrement en avant les opérations militaires et les succès revendiqués par les forces de défense. Cependant, dans de nombreuses localités, les attaques persistent, certaines zones restent isolées, et des axes routiers restent dangereux. Pour une partie de la population, ces annonces ne se traduisent pas par une amélioration tangible de leur sécurité au quotidien.

L’exil, dernier recours d’une population désespérée

Le symptôme le plus alarmant de cette crise sécuritaire ne réside pas seulement dans la persistance des violences, mais dans le choix désespéré que font des milliers de Burkinabè : quitter leur pays ou leurs régions pour chercher refuge ailleurs. Chaque semaine, des familles abandonnent leurs villages, leurs terres et leurs commerces pour se diriger vers des zones plus sûres ou franchir les frontières vers des pays voisins.

Ce départ massif révèle l’échec des politiques sécuritaires actuelles. Aucun peuple ne fuit volontairement sa terre natale si des conditions de vie décentes lui sont offertes. Le fait que des citoyens préfèrent l’exil au risque de vivre sous la menace constante des attaques est le signe le plus accablant d’une perte de confiance dans la capacité de l’État à les protéger.

Souveraineté : un concept qui se mesure aussi en actes

Ibrahim Traoré a fait de la souveraineté nationale un pilier de son discours politique. Il prône une rupture avec les anciennes puissances partenaires et une mobilisation patriotique sans faille. Ces idées trouvent un écho auprès d’une partie de la population, mais la souveraineté ne peut se limiter à des déclarations ou à des symboles. Elle se juge aussi à la capacité d’un gouvernement à exercer son autorité sur l’ensemble du territoire et à garantir la sécurité de ceux qui y vivent.

Un autre élément troublant réside dans le silence des anciens détracteurs de Blaise Compaoré. Ceux qui dénonçaient avec force son mode de gouvernance semblent aujourd’hui beaucoup plus discrets lorsqu’il s’agit d’évaluer les résultats obtenus sous Ibrahim Traoré. Cette différence de traitement alimente un sentiment d’injustice parmi les Burkinabè, où certains dirigeants sont jugés avec une sévérité bien plus grande que d’autres.

La priorité absolue d’un État : protéger ses citoyens

Comparer les périodes Compaoré et Traoré ne revient pas à idéaliser le passé, ni à ignorer les limites de l’ancien régime. Il s’agit simplement de rappeler une évidence : la première mission d’un État est d’assurer la sécurité de ses citoyens. Sans cette base fondamentale, les réformes, les discours sur la souveraineté ou les grandes déclarations politiques perdent une grande partie de leur valeur.

Le bonheur d’un pays ne se mesure ni aux slogans, ni à la popularité de ses dirigeants. Il se juge à la tranquillité des villages, à la sécurité des routes, à l’accès à l’éducation, au dynamisme des marchés et à la confiance que les familles placent dans leur avenir. Tant que des Burkinabè continueront de quitter leur foyer pour chercher la paix ailleurs, le bilan du capitaine Ibrahim Traoré restera incomplet. Car l’histoire se souviendra moins des promesses que des actes concrets : un État doit avant tout protéger ceux qu’il gouverne.

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