Dans un communiqué diffusé le 31 mai, le JNIM a dénoncé des exactions attribuées aux Forces armées maliennes (FAMa) et à leurs alliés, les mercenaires russes d’Africa Corps, à Niono, dans le cercle de Ségou. Ces accusations relancent les interrogations sur la sécurité des populations civiles prises en étau entre les offensives antiterroristes et les dynamiques conflictuelles du centre du Mali.
Un conflit qui s’intensifie dans le delta central
Le cercle de Niono, situé au cœur de la région de Ségou, est de nouveau le théâtre d’affrontements meurtriers. D’après les communiqués du JNIM, cette organisation affiliée à Al-Qaïda affirme que des militaires maliens, épaulés par des éléments d’Africa Corps, auraient perpétré des violences ciblant délibérément des civils peuls. Les victimes, dont le nombre reste difficile à confirmer en raison de l’isolement médiatique de la zone, témoigneraient de pertes humaines et de dégâts matériels. Cette nouvelle salve d’accusations s’inscrit dans un contexte où la région est en proie à une crise sécuritaire et sociale persistante.
Les Peuls, victimes récurrentes d’un conflit aux enjeux ethniques
Pour les spécialistes du Sahel, le ciblage des Peuls par le JNIM n’est pas anodin. Depuis le début de la crise djihadiste au Mali, cette communauté pastorale subit des pressions multiples. D’une part, elle est souvent suspectée par les autorités militaires d’être complice des groupes armés, d’autre part, elle subit les pressions des insurgés qui cherchent à se présenter comme ses seuls protecteurs. En mettant en avant l’appartenance ethnique des victimes de Niono, le JNIM active un levier émotionnel fort, exploitant le sentiment de marginalisation et d’injustice qui ronge une partie de cette population. En se posant en défenseur des Peuls contre les exactions présumées de Bamako et de ses alliés, le groupe armé tente de renforcer son ancrage local et de recruter de nouveaux membres. La guerre des récits, tout comme celle des armes, devient un enjeu majeur dans cette région.
Les stratégies militaires sous le feu des critiques
Côté malien, la réponse reste inchangée : l’éradication des groupes armés doit se poursuivre, sans distinction d’origine ethnique. Les FAMa, soutenues par les compétences opérationnelles d’Africa Corps, ont intensifié leurs actions dans la zone de Ségou pour briser les réseaux djihadistes. Pourtant, l’intervention des mercenaires russes soulève des questions quant aux méthodes employées. Des organisations de défense des droits humains dénoncent des opérations jugées trop agressives, générant des victimes collatérales. Bien que les autorités de la Transition rejettent ces accusations en les qualifiant de désinformation, l’absence de transparence et de vérification indépendante alimente les doutes. Cette opacité offre au JNIM l’opportunité de diffuser sa propre version des événements, renforçant ainsi son influence médiatique.
La nécessité absolue de protéger les civils et les médias
L’annonce du 31 mai par le JNIM rappelle la complexité du conflit malien, où chaque camp instrumentalise les souffrances des populations. Alors que les opérations militaires s’intensifient, la protection des civils doit devenir une priorité pour éviter que le centre du pays ne sombre dans une spirale de violences interethniques. Pour les journalistes et les observateurs, le défi est de taille : informer de manière objective et rigoureuse, sans tomber dans le piège de la propagande, tout en documentant avec précision la réalité du terrain. La stabilité au Mali ne pourra être restaurée sans justice, sans respect des droits humains et sans la restauration de la confiance des populations affectées.