Sénégal : la démocratie doit suivre son cours malgré les tensions politiques

Sénégal : la démocratie doit suivre son cours malgré les tensions politiques

Aminata Touré, à son domicile à Dakar, le 29 septembre 2022.

La formation du nouveau gouvernement sénégalais, dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, suscite des débats. Avec 30 ministres, dont des technocrates et des alliés du président Bassirou Diomaye Faye, mais sans les figures majeures du Pastef, cette équipe cristallise les tensions au sein de la coalition présidentielle. Aminata Touré, superviseure générale de la coalition Diomaye Président, défend cette transition et appelle au respect des institutions.

Le nouveau gouvernement divise : pourquoi cette équipe de 30 ministres, sans les poids lourds du Pastef, est-elle critiquée pour sa légitimité ?

Aminata Touré : Il est essentiel de rappeler les principes démocratiques. Le président Bassirou Diomaye Faye a été élu avec 54 % des voix par les Sénégalais. C’est à lui de nommer le Premier ministre, qui propose ensuite une équipe gouvernementale. Ce gouvernement reflète avant tout un choix d’efficacité, car les citoyens attendent des actions concrètes pour résoudre leurs problèmes quotidiens. Au-delà des critiques, l’objectif est clair : se mettre au travail.

Le Pastef, majoritaire à l’Assemblée nationale, pourrait rendre la gouvernance difficile. Comment éviter une crise institutionnelle dans ce contexte de cohabitation ?

D’abord, rappelons que le président Bassirou Diomaye Faye est membre du Pastef, tout comme plusieurs ministres. Les désaccords actuels relèvent donc d’une divergence interne au parti. Ensuite, si chacun respecte ses prérogatives et place l’intérêt du Sénégal au-dessus des ambitions personnelles, il n’y a aucune raison de craindre un blocage. Les institutions – Assemblée nationale, exécutif, judiciaire et Conseil constitutionnel – doivent exercer leurs rôles avec rigueur. Les Sénégalais jugeront sur les résultats, pas sur les querelles. La stabilité institutionnelle est une priorité pour éviter de nouvelles crises.

Certains membres du Pastef évoquent un désaccord sur la reddition des comptes et craignent un relâchement dans la moralisation de la vie politique. Le gouvernement actuel marque-t-il la fin des promesses du Pastef ?

Absolument pas. La reddition des comptes ne signifie pas le règlement de comptes. J’ai été ministre de la Justice, je sais de quoi je parle. La justice doit être indépendante, et elle le sera. Le président Bassirou Diomaye Faye reste fermement engagé dans cette voie. Il ne s’agit pas d’éliminer des adversaires politiques, mais de garantir une gestion transparente des affaires publiques. La moralisation de la vie politique reste un pilier de notre action.

La question de la dette et des relations avec le Fonds monétaire international (FMI) est également sensible. Le gouvernement adoptera-t-il une nouvelle approche sur ce dossier ?

Il ne s’agit pas d’une question idéologique, mais pratique. Le Sénégal doit honorer ses engagements envers ses créanciers. Plutôt que de parler de « restructuration », qui évoque des souvenirs douloureux des ajustements structurels des années 1980, nous préférons évoquer un reprofilage de la dette. L’objectif est de trouver une solution durable, sans sacrifier les programmes sociaux ni plonger le pays dans une nouvelle crise économique. Une dette mal gérée peut avoir des conséquences dramatiques sur la population. Il faut discuter avec nos partenaires pour trouver un équilibre.

Le refus du Pastef de participer à ce gouvernement peut-il être interprété comme une tentative de saboter l’action gouvernementale, afin de favoriser Ousmane Sonko pour la présidentielle de 2029 ?

Chacun a le droit de vouloir briguer la présidence en 2029, y compris le président Bassirou Diomaye Faye. Mais les Sénégalais ne veulent pas d’une campagne électorale qui s’étalerait sur trois ans. Ils attendent des solutions immédiates à leurs problèmes. Le gouvernement a pour mission de transformer le pays, pas de préparer des élections. Vouloir saboter l’action gouvernementale reviendrait à trahir les attentes des citoyens. La démocratie doit suivre son cours, mais sans mettre en péril la stabilité et les intérêts du pays. Les divergences politiques sont normales, mais elles ne doivent pas paralyser l’action publique.

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