Sénégal : la fièvre des Paris sportifs enflamme Dakar à l’approche du Mondial 2026

À quelques heures du coup d’envoi de la Coupe du monde de football 2026, zoom sur le Sénégal, où la compétition se vit intensément à travers les Paris sportifs. En cinq ans, le secteur s’est entièrement digitalisé. Fini les déplacements en boutique : il suffit de quelques clics sur un smartphone pour miser. Résultat : un nombre croissant de parieurs se lance. Pour eux, le Mondial a déjà débuté.

Dans un groupe de jeunes footballeurs d’un même club de quartier, le match Sénégal-France du 16 juin suscite des pronostics. Assane a déjà sa stratégie : « Je vais miser sur deux applications différentes, sur l’une la France, sur l’autre le Sénégal. Comme ça, je maximise mes chances de gagner. Un de mes potes m’a appelé pour me dire : « Assane, j’ai besoin d’argent, viens, on parie. » Je lui ai répondu : « Vas-y, on tente notre chance. » »

Mohamed, lui, ne cache pas son engouement : « Cela m’excite », rigole-t-il. Pour lui aussi, la fièvre des Paris a commencé avec le Mondial 2026. Ce jeune Dakarois a déjà placé des mises sur le match d’ouverture des Lions de la Teranga face aux Bleus. « J’ai misé sur plusieurs combinaisons possibles. Premier ticket : le Sénégal gagne. Deuxième ticket : les deux équipes marquent. Ensuite, Mbappé marque pour la France, Sadio Mané pour le Sénégal. J’espère que ça se passera comme ça, car si c’est le cas, je gagne ! »

« On perd plus qu’on ne gagne »

Le mois dernier, Mohamed a parié pour 80 000 francs CFA (122 euros) au total. Sur cette somme, il cumule 30 000 francs CFA (45 euros) de perte nette. Des petites mises à chaque fois, mais sur tous les championnats de la planète. « Toutes les compétitions : championnats, Ligue des champions, Coupe de France, aux États-Unis et même en Chine (rires). Il n’y a pas de limite en fait. Mais on perd plus qu’on ne gagne, il faut le dire », concède-t-il.

Comme beaucoup d’autres Sénégalais, Mohamed a été happé par les Paris sportifs juste après le Covid-19. À ce moment-là, les applications de Paris ont fleuri sur les écrans, changeant les pratiques. Malick Diouf, fondateur du Dakar Sport Summit, salon consacré à l’économie du sport, analyse : « Nous sommes un pays à majorité musulmane où les Paris sont mal vus. La digitalisation a levé le tabou et permis à toutes les couches sociales de jouer sans être jugées. »

Le secteur est dominé par trois poids lourds : l’opérateur russe 1xBet, l’entreprise française Betclic et le groupe sénégalais Sunubet. Depuis novembre 2025, ces sociétés sont taxées à 20 % de leurs revenus, de même que les gains des parieurs. « L’État gagne, mais l’argent collecté sur les Paris sportifs devrait servir à financer le sport professionnel et surtout amateur », estime Malick Diouf.

Période très attendue par les parieurs, le Mondial de football est aussi le moment de tous les excès. Des associations alertent sur des cas croissants de dépendance.

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