Sonoco ambitionne de révolutionner l’aviculture gabonaise avec 15 millions de poulets par an

Avec un projet ambitieux visant une production annuelle de 15 millions de poulets, le groupe guinéen SONOCO s’apprête à bouleverser le secteur avicole du Gabon. Lors d’un entretien avec le président Brice Clotaire Oligui Nguema, les dirigeants du conglomérat ont détaillé leur plan pour moderniser une filière locale encore largement tributaire des importations. Ce volume de production inédit pour le pays pourrait marquer un tournant dans l’autonomie alimentaire gabonaise.

Cette initiative s’aligne sur la volonté des autorités de transition de diversifier l’économie et de renforcer la résilience face aux fluctuations des prix internationaux. Aujourd’hui, le Gabon dépend à plus de 80 % des importations pour sa consommation de volaille, une situation qui pèse lourdement sur les finances publiques et limite les possibilités de développement rural.

Une intégration totale de la filière avicole

Le projet de SONOCO se distingue par son approche globale, couvrant tous les maillons de la chaîne de valeur : élevage, fabrication d’aliments pour animaux, abattage, transformation et commercialisation. Cette stratégie d’intégration verticale permettra au groupe de contrôler les coûts, d’assurer la régularité des approvisionnements et de proposer des poulets frais à des tarifs compétitifs face aux importations congelées venues d’Amérique latine ou d’Europe.

Parmi les infrastructures prévues figurent des fermes avicoles de nouvelle génération, une usine de production d’aliments composés et des unités de transformation conformes aux normes sanitaires internationales. Une telle envergure industrielle, rare dans un pays où la filière reste embryonnaire, pourrait profondément transformer le paysage agroalimentaire gabonais et inspirer d’autres secteurs.

SONOCO, déjà présent dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, mise sur son expertise continentale pour s’implanter avec succès au Gabon. Les autorités locales y voient une opportunité de renforcer la coopération Sud-Sud, notamment avec la Guinée, et de concrétiser un partenariat gagnant-gagnant entre Conakry et Libreville.

Renforcer la souveraineté alimentaire par la production locale

Pour le Gabon, l’enjeu dépasse largement la volaille. Les importations massives de denrées alimentaires, malgré des ressources naturelles abondantes, constituent un défi économique majeur. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Oligui Nguema a fait de la réduction de cette dépendance une priorité absolue.

L’arrivée d’un acteur structurant comme SONOCO pourrait significativement contribuer à cet objectif. En produisant localement des millions de poulets chaque année, le groupe participerait à la réduction des dépenses en devises consacrées à l’importation de viande congelée. Par ailleurs, ce projet est présenté comme une source majeure d’emplois, notamment en milieu rural, où l’élevage industriel pourrait offrir des perspectives professionnelles aux jeunes générations.

Cependant, la concrétisation de cette ambition implique de surmonter des défis structurels bien connus dans la région. L’accès aux terres, la disponibilité des matières premières pour l’alimentation animale, la stabilité des réglementations et l’efficacité des réseaux logistiques figurent parmi les obstacles à maîtriser pour garantir le succès du projet.

Un signal fort en faveur de l’investissement africain

Au-delà du cas SONOCO, cette initiative illustre la stratégie gabonaise visant à attirer des capitaux continentaux dans les secteurs productifs. Le choix de privilégier un partenaire africain, plutôt qu’un acteur occidental ou asiatique, reflète une volonté de rééquilibrer les partenariats économiques en faveur d’une intégration régionale renforcée.

À ce stade, les détails techniques et financiers de l’investissement n’ont pas été dévoilés. Les prochaines étapes consisteront vraisemblablement à finaliser des accords-cadres, à sélectionner les sites d’implantation et à mobiliser les fonds nécessaires. Pour le gouvernement gabonais, transformer cette annonce en réalité industrielle sera le véritable défi.

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