stratégie de souveraineté : le Gabon trace sa voie sous Oligui Nguema

Libreville, mercredi 3 juin 2026 — Devant les caméras de France 24, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a exposé sa vision pour un Gabon souverain, assumant sans détour les choix économiques de son gouvernement et écartant toute perspective de dynastie politique.
Un an après son élection triomphale avec plus de 94 % des voix, le chef de l’État a choisi la tribune internationale pour dresser un bilan ambitieux. Dans un entretien exclusif depuis la Cité de la Démocratie à Libreville, il a défendu une stratégie fondée sur le temps long des réformes, la maîtrise des ressources nationales et une diplomatie d’équilibre, loin des ruptures brutales observées ailleurs en Afrique.
Des réformes pour un développement durable
Face aux critiques sur la lenteur de certains projets, notamment dans les secteurs de l’eau et de l’électricité, Oligui Nguema a rappelé que son mandat de sept ans s’inscrit dans une logique de transformation progressive. Il a mis en avant les investissements massifs engagés dans les infrastructures énergétiques, estimant leur coût à plus de 800 milliards de francs CFA.
Pour lui, la priorité n’est pas l’immédiateté des résultats, mais la construction d’une société gabonaise plus résiliente, où chaque projet s’inscrit dans une vision d’ensemble. Cette approche méthodique devient désormais le socle de sa communication politique.
L’économie gabonaise : vers une souveraineté retrouvée
C’est sur le volet économique que le président a marqué les esprits. Concernant les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), il a confirmé son intention de signer un nouvel accord, mais à une condition : un audit complet des finances publiques gabonaises doit précéder toute discussion.
Cette exigence reflète une volonté de reprendre le contrôle des engagements financiers du pays avant toute nouvelle collaboration internationale. Le secteur minier illustre cette même détermination. L’annonce de l’interdiction, à partir de 2029, de l’exportation du manganèse brut marque un tournant décisif. Le Gabon, premier producteur africain de ce minerai, entend désormais en transformer une partie significative sur place.
Cette mesure vise à briser le modèle traditionnel d’exportation de matières premières brutes. Le groupe français Eramet, acteur majeur du secteur, a été clairement prévenu : les usines de transformation devront être opérationnelles avant l’échéance. À défaut, l’exportation du minerai sera interdite. Une position qui souligne la volonté de rééquilibrer les rapports de force entre l’État gabonais et les multinationales.
Une diplomatie de partenariat, sans subordination
Sur la scène internationale, Brice Clotaire Oligui Nguema a rappelé que la souveraineté gabonaise ne rime pas avec isolement. Il a confirmé sa visite d’État en France prévue le 20 juillet prochain, insistant sur la qualité des relations entre Libreville et Paris.
La rétrocession du Camp de Gaulle aux autorités gabonaises s’inscrit dans cette logique : une démarche concertée, loin des tensions observées dans d’autres pays de la sous-région. Cette stratégie de partenariat équilibré apparaît comme l’un des piliers de la diplomatie actuelle du Gabon.
Le président a également répondu sans ambiguïté à la proposition américaine concernant l’accueil de migrants expulsés des États-Unis. Sans remettre en cause les relations avec Washington, il a indiqué que cet accord ne correspondait pas aux intérêts nationaux du Gabon.
L’héritage Bongo et l’avenir du pouvoir
L’entretien a aussi été l’occasion de revenir sur l’ancien président Ali Bongo Ondimba. Dans un ton mesuré, Oligui Nguema a évoqué son état de santé et laissé entendre que les éventuelles responsabilités des dérives du régime précédent devaient être recherchées ailleurs.
Mais c’est sa déclaration sur l’avenir du pouvoir qui a particulièrement retenu l’attention. Dans une région marquée par les prolongations de mandats et les successions dynastiques, il a réaffirmé qu’aucune dynastie politique portant son nom ne verrait le jour au Gabon. Le principe d’un septennat renouvelable une seule fois est, selon lui, un acquis intangible. Une affirmation qui s’inscrit dans la refonte institutionnelle qu’il souhaite impulser, centrée sur l’alternance démocratique.
Un président sous le regard de l’histoire
Au-delà des discours et des annonces, cet entretien révèle la doctrine politique qui guide désormais l’action du pouvoir gabonais. Souveraineté économique, transformation locale des ressources, rééquilibrage des partenariats internationaux, réformes progressives des infrastructures et engagement en faveur de l’alternance forment les cinq piliers de cette vision.
Reste à en mesurer l’impact concret. Si le président bénéficie encore d’un capital politique solide, les attentes de la population gabonaise restent immenses. Les Gabonais jugeront moins les promesses que les réalisations tangibles. Un an après son arrivée au pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi de défendre une ambition claire : celle d’un Gabon maître de son destin économique et politique. L’histoire tranchera sur la pérennité de cette ambition.