Stratégie du JNIM : une nouvelle donne pour le Mali

Le JNIM redéfinit sa stratégie au Mali : une guerre d’usure qui fragilise l’État

Le centre et le nord du Mali sous pression : une guerre de mouvement et d’épuisement

Les populations du centre et du nord du Mali ne subissent plus seulement des attaques ponctuelles. Depuis des années, elles vivent dans un climat de guerre permanente, où chaque déplacement ou livraison devient une épreuve. Les récentes offensives du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et du Front de libération de l’Azawad (FLA) contre les forces armées, les convois logistiques et les axes routiers illustrent une évolution majeure de leur stratégie.

Leur objectif n’est plus de s’emparer de villes ou de bases militaires. Ils visent désormais à rendre certaines zones ingouvernables, en ciblant les moyens de locomotion, les ressources et les infrastructures qui maintiennent l’État en place. Cette approche asphyxie progressivement la junte militaire, confinée dans ses bastions de Bamako.

Cibler les artères vitales : une guerre contre la circulation et l’administration

Les routes, autrefois symboles de connectivité, sont devenues des zones de danger. Les attaques répétées contre les convois militaires et les axes routiers compliquent les déplacements administratifs, essentiels au fonctionnement d’un État. Dans certaines régions, les fonctionnaires hésitent à se déplacer sans escorte, paralysant la distribution des services publics.

Le JNIM a saisi un principe clé : dans un pays ébranlé par des années de crises politiques, économiques et sécuritaires, l’usure stratégique l’emporte souvent sur la confrontation directe. Cette tactique, moins coûteuse en vies humaines et en ressources, disperse les forces gouvernementales, alourdit les dépenses militaires et installe une insécurité chronique. Le résultat ? Une fatigue collective – militaire, économique et sociale – qui mine la cohésion nationale.

Dans les zones rurales, le problème n’est plus seulement la présence des groupes armés. C’est l’absence croissante de l’État qui devient insupportable.

La souveraineté malienne en question : au-delà des discours militaires

La junte au pouvoir à Bamako a fait du rétablissement de la sécurité un pilier de sa légitimité. Elle mise sur le départ des forces étrangères et un renforcement des partenariats militaires, notamment avec la Russie, pour afficher une souveraineté retrouvée.

Mais la souveraineté ne se limite pas à la capacité de mener des opérations armées. Elle se mesure aussi à la possibilité de garantir une présence administrative, économique et territoriale continue. Or, l’intensification des actions militaires ne suffit pas à stabiliser le pays. Dans certaines zones, elle coexiste paradoxalement avec une fragmentation accrue des espaces ruraux.

La stratégie actuelle, centrée sur des frappes offensives et des déploiements militaires, peine encore à rétablir des écoles, des centres de santé, des tribunaux locaux ou des infrastructures durables. Le vide laissé par l’État est rapidement comblé par des systèmes parallèles, souvent contrôlés par les groupes armés, qui offrent protection, arbitrage et survie aux populations.

Sahel : une recomposition régionale où le Mali est en première ligne

Le Mali n’est plus le seul concerné. Toute la bande sahélienne connaît une recomposition rapide des acteurs armés, des alliances locales et des circuits économiques illicites. Les frontières poreuses entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger facilitent la mobilité des groupes insurgés, tandis que les réponses des États restent cloisonnées par des logiques nationales.

L’alliance politico-militaire entre ces trois pays, censée renforcer leur résilience, s’est révélée fragile. L’offensive conjointe du JNIM et du FLA a révélé leur incapacité à se porter mutuellement secours. Aujourd’hui, la junte malienne ne compte plus que sur le soutien des mercenaires du groupe Africa Corps, un appui bien limité face à la capacité d’adaptation des groupes armés.

Cette asymétrie avantage les insurgés, capables de se déplacer rapidement, de s’enraciner localement et de s’insérer dans des réseaux économiques informels. Leur objectif n’est pas de contrôler durablement un territoire, mais d’imposer un coût sécuritaire insoutenable aux États. Le conflit sahélien devient ainsi une guerre d’endurance politique, où les groupes armés cherchent moins à administrer qu’à empêcher l’État de fonctionner normalement.

Au-delà de l’antiterrorisme : les racines sociales d’une crise malienne

Réduire le conflit malien à une simple affrontement antiterroriste occulte ses dimensions profondes. Les frustrations locales – abandon étatique, conflits fonciers, rivalités communautaires, pauvreté structurelle – créent des zones de vulnérabilité persistante. Les groupes djihadistes n’en sont pas toujours à l’origine, mais ils en tirent profit avec une habileté redoutable.

Le défi central pour Bamako est désormais politique : comment reconstruire une légitimité étatique dans des territoires où l’État n’apparaît plus que de manière intermittente, souvent sous la forme de déploiements militaires ?

L’avenir du Mali ne se jouera pas dans une bataille décisive, mais dans la capacité – ou l’incapacité – à rétablir une présence publique stable, au-delà des opérations sécuritaires. Car une guerre d’usure ne détruit pas seulement des positions. Elle use les routes, asphyxie l’économie, fragmente les administrations, érode les liens sociaux et, in fine, menace l’idée même d’un territoire gouverné.

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