Tabaski à Bamako : la fête endeuillée par l’étau djihadiste

À Bamako, la capitale malienne, la célébration de l’Aïd al-Adha, connue sous le nom de Tabaski, a été profondément perturbée cette année. Un blocus imposé par des groupes djihadistes autour de la ville a contraint de nombreux musulmans à passer cette fête majeure loin de leurs proches, une situation inédite qui souligne les défis actuels de la Mali sécurité.

Alpha Amadou, un homme de 40 ans originaire de Mopti, au centre du pays, n’a pas pu effectuer son traditionnel voyage familial. « Pour la première fois en trente ans de vie à Bamako, je vais devoir célébrer l’Aïd ici », confie-t-il, l’amertume dans la voix.

Depuis la fin du mois d’avril, des combattants liés à la branche sahélienne d’Al-Qaïda ont érigé des barrages sur les principales voies d’accès à Bamako. Ces actions violentes, incluant l’incendie de dizaines de bus et de camions de marchandises, ont semé la terreur.

Bien que le blocus soit de nature partielle, les images de véhicules calcinés ont suffi à dissuader la plupart des services de transport de circuler et les voyageurs de rejoindre leurs villages d’origine.

Au Mali, la Tabaski représente bien plus qu’une simple observance religieuse. C’est un pilier social, un des rares moments où les familles, souvent éparpillées pour des raisons professionnelles, peuvent se réunir.

Pourtant, cette année, l’effervescence habituelle des gares routières de Bamako a fait place à un silence pesant. L’insécurité grandissante s’ajoute aux pénuries de carburant, frappant durement le secteur des transports.

« Non seulement le gazole fait défaut pour nos véhicules, mais nous avons aussi subi la perte de plusieurs bus lors d’incidents récents. L’impact économique est dévastateur », déplore, sous couvert d’anonymat, le gérant d’une agence de voyage locale.

Un responsable d’une autre compagnie de transport ajoute : « En temps normal, nous transportions plus de 50 000 personnes de Bamako vers les régions en une semaine pour l’Aïd al-Adha. Cette année, aucun trajet n’est prévu. »

Pour Wara Bagayoko, le rituel était immuable : charger la voiture familiale et prendre la route pour Ségou, au centre du Mali, afin de partager la fête. Mais cette fois-ci, il restera à Bamako, car même les véhicules privés sont désormais des cibles. « C’est la première fois en trente ans que je ne fêterai pas chez moi. La route est trop dangereuse », affirme-t-il.

Oumar Diarra, quant à lui, se remémore : « Avant, nous partions à une vingtaine à moto vers Sikasso, dans le sud, pour les festivités. Cette année, nous resterons à Bamako. »

Quelques minibus parviennent encore à traverser l’étau, en empruntant des chemins détournés ou en bénéficiant d’une escorte militaire, témoignant des défis logistiques dans l’actualité Mali.

La rareté des moutons pour le sacrifice

Les perturbations dans les transports ont également de graves répercussions sur le commerce du bétail, pourtant vital pour le sacrifice traditionnel de l’Aïd al-Adha.

Le blocus empêche les éleveurs et les commerçants d’acheminer leurs animaux vers Bamako, le principal pôle de consommation du pays.

Selon Alassane Maiga, un transporteur, le coût de l’acheminement d’un animal, habituellement compris entre 2 500 et 2 750 francs CFA (environ 5 dollars), a explosé pour atteindre 15 000 à 18 000 francs CFA (26 à 31 dollars) cette année.

Conséquence directe : les moutons sont devenus rares et leurs prix inabordables dans un pays où le salaire minimum mensuel s’élève à seulement 40 000 francs CFA.

« De nombreux camions transportant des moutons ont été incendiés par des djihadistes… D’habitude, j’aurais plus de 1 000 animaux, mais aujourd’hui, je n’en ai plus un seul », déplore Hama Ba, un marchand de Bamako.

« Les moutons que nous achetions autrefois 75 000 francs se vendent désormais 300 000. Avant, le choix était vaste, mais aujourd’hui, ils ont quasiment disparu de Bamako », constate Iyi, parti à la recherche d’un mouton à un prix raisonnable.

Pannes d’électricité récurrentes

La crise sécuritaire s’infiltre profondément dans le quotidien des habitants, entraînant une dégradation des services essentiels dans la ville.

Bamako doit faire face à des coupures d’électricité prolongées et à une pénurie critique d’eau potable, ajoutant une couche de difficultés à une situation déjà tendue.

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