Togo : 48h pour sauver l’image du pays après un incident à l’aéroport de Lomé

Le forum Biashara Afrika a ouvert ses portes à Lomé sous les projecteurs, mais c’est un incident révélateur qui a marqué son lancement. Un dysfonctionnement administratif à l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma a transformé une simple formalité en spectacle aux conséquences bien réelles pour l’image du Togo.

Les discours enflammés sur l’intégration africaine et la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf) se sont heurtés à la réalité des frontières. Deux investisseurs nigérian et ghanéen, munis de passeports CEDEAO valides, se sont vu refuser l’entrée au Togo. Une situation qui a jeté une lumière crue sur les lacunes de la libre circulation en Afrique de l’Ouest.

Un passeport africain peut-il bloquer l’entrée dans un pays africain ?

L’ouverture du forum était placée sous le signe de l’optimisme, mais la ministre nigériane de l’Industrie et du Commerce, Jumoke Oduwole, a choisi de raconter une histoire qui a fait grincer des dents. Deux entrepreneurs expérimentés, venus d’Europe la veille, ont été confrontés à un refus d’entrée pour la seule raison d’être africains.

Leurs passeports nationaux, pourtant reconnus par la CEDEAO depuis des décennies, n’ont pas suffi. Il a fallu brandir un passeport européen pour obtenir un visa de 24 heures, sous les yeux médusés des autorités présentes. La ministre a résumé la situation avec une pointe d’ironie :

« Un investisseur nigérian m’a confié qu’il renonçait à ses projets au Togo dès la piste de l’aéroport. Imaginez un Africain contraint de demander un visa sur un passeport européen dans un pays européen : cela n’arriverait jamais ».

Ce témoignage a révélé une vérité gênante : dans l’espace africain, certains passeports valent mieux que d’autres. Pour les investisseurs, la souveraineté malienne ou ghanéenne ne pèse pas lourd face aux exigences bureaucratiques.

Le hub logistique togolais face à ses propres contradictions

Le Togo se présente comme une plateforme stratégique pour les échanges en Afrique de l’Ouest. Pourtant, cette scène à l’aéroport de Lomé a mis en lumière un paradoxe : les visas imposés aux voisins africains freinent les investissements. Un Africain entre plus vite avec un passeport européen qu’avec un document de la CEDEAO.

Les barrières administratives ne se contentent pas de ralentir les voyageurs. Elles dissuadent les entrepreneurs et sapent la crédibilité du pays en tant que hub économique. Les promesses de la ZLECAf restent lettre morte tant que les frontières administratives ne seront pas alignées sur les ambitions politiques.

Compte à rebours pour le ministre de la Sécurité

Face à l’ampleur du scandale, le président Faure Gnassingbé a réagi avec une fermeté inhabituelle. En direct devant les participants du forum, il a fixé un ultimatum de 48 heures à son ministre de la Sécurité pour régler cette anomalie.

« Je demande au ministre de la Sécurité de résoudre ce problème sous 48 heures », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence de la situation. Le message était clair : plus de temps pour les rapports interminables ou les commissions d’enquête. Le Togo doit montrer qu’il prend au sérieux la libre circulation des personnes et des capitaux.

Cette décision a été saluée comme un signe de sérieux, même si elle intervient à un moment où l’image du pays était déjà ternie. Le forum Biashara Afrika avait pour objectif de lever les obstacles non tarifaires à l’intégration africaine. Ironiquement, c’est un simple tampon mal apposé qui a résumé l’enjeu : sans libre circulation, la ZLECAf n’est qu’un rêve lointain.

La ZLECAf en péril : quand les actes contredisent les discours

Les réactions des participants ont été unanimes. Un économiste ivoirien a tiré la sonnette d’alarme :

« Sans libre circulation, la ZLECAf est une coquille vide. Les investisseurs ne viendront pas si les frontières restent des murs ».

Un entrepreneur ghanéen a renchéri :

« Si nous devons montrer un passeport européen pour travailler en Afrique, alors l’intégration n’est qu’un leurre ».

Cette affaire dépasse le cadre du Togo. Elle illustre les défis majeurs de l’intégration africaine : harmoniser les règles, digitaliser les procédures frontalières et, surtout, aligner les pratiques sur les ambitions affichées. La ZLECAf promet un marché de 1,4 milliard de consommateurs, mais elle reste fragilisée par des réalités administratives qui étouffent son potentiel.

Les prochaines étapes seront cruciales. Les acteurs économiques attendent des actes concrets : suppression des visas pour les ressortissants de la CEDEAO, simplification des formalités et surtout, une volonté politique sans faille. Car à Lomé, comme ailleurs en Afrique, un seul incident peut coûter des millions.

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