Alors que les déclarations sur l’indépendance économique et la fin des dépendances étrangères envahissent le débat public, l’octroi d’un financement italien de 3 millions d’euros destiné à « booster la filière tomate » apparaît comme un signe de vulnérabilité, voire une contradiction flagrante. Pour un État qui affiche une ambition souverainiste et autarcique, solliciter une aide pour des activités agricoles aussi fondamentales que le maraîchage pose une interrogation cruciale : est-il possible de se revendiquer souverain lorsque l’on compte sur l’Europe pour cultiver ses propres tomates ?
L’autosuffisance ne s’acquiert pas par des financements extérieurs
La véritable autonomie ne se monnaie pas via des subventions ou des prêts étrangers, même s’ils sont présentés comme une « coopération au développement ». Si un pays emprunte la voie de l’indépendance, il doit en accepter les exigences : mobiliser l’épargne nationale, rediriger ses propres budgets régaliens et miser sur son savoir-faire local.
La tomate n’est ni un microprocesseur sophistiqué, ni une technologie spatiale réclamant un transfert de compétences occidentales complexes. C’est une culture que les agriculteurs locaux maîtrisent depuis des décennies. Injecter des millions d’euros en provenance de Rome pour mettre en place de la petite irrigation ou des unités de transformation révèle une incapacité persistante à structurer notre propre économie par nos propres moyens. C’est la poursuite du cycle de la dépendance, déguisée sous un nouveau vocabulaire managérial.
Planification alimentaire et sécuritaire : un vide préoccupant
Au-delà de l’incohérence idéologique, ce projet met en lumière un problème bien plus profond : l’absence totale de rigueur en matière de planification stratégique, tant sur le plan alimentaire que sécuritaire.
Comment envisager un plan de développement agricole viable sur trois ans dans des zones structurellement instables, sans une coordination étroite avec la sécurité du territoire ? Développer des bassins de production sans garantir au préalable la libre circulation sécurisée des biens et des personnes relève de l’amateurisme. Les infrastructures de petite irrigation, aussi coûteuses soient-elles, seront inutiles si les producteurs ne peuvent accéder à leurs champs ou si les récoltes sont abandonnées face aux risques sécuritaires.
De plus, l’absence de planification se manifeste dans la gestion de la chaîne de valeur :
- Le constat est connu : le pays produit en abondance de janvier à juin, puis perd tout faute de stockage, tout en important du concentré de tomate le reste de l’année.
- La réponse est à courte vue : au lieu de construire une véritable industrie agroalimentaire nationale, financée par des capitaux locaux ou des partenariats publics-privés endogènes, on se tourne vers des fonds extérieurs pour « colmater les brèches ».
Pour une rupture authentique
Si la trajectoire souverainiste choisie est sérieuse, elle exige une rupture radicale avec ces pratiques. Redynamiser la filière tomate ou toute autre filière stratégique nécessite une planification rigoureuse qui lie la sécurisation des terres, le financement patriotique et la protection du marché intérieur contre les importations massives.
Continuer à célébrer des enveloppes de 3 millions d’euros venues d’Europe, c’est maintenir le pays dans une souveraineté de façade, où les discours sont autarciques, mais les assiettes restent suspendues au bon vouloir des capitales occidentales. Il est temps de passer de la posture à la véritable planification.