Le Burkina Faso doit tourner la page de la démocratie, affirme son dirigeant militaire

Lors d’une interview diffusée sur la chaîne nationale, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis trois ans, a déclaré sans ambiguïté : « Les citoyens doivent abandonner l’idée de démocratie. Ce système ne nous convient pas. »
Le chef de l’État, qui se présente comme un révolutionnaire luttant contre l’impérialisme occidental, a justifié cette position en évoquant les crises politiques survenues après l’instauration de régimes démocratiques en Afrique. « Partout où les puissances étrangères imposent la démocratie, cela se solde par des violences et des chaos », a-t-il affirmé.
Un engagement initial abandonné : la transition démocratique reportée
En 2023, après son coup d’État, Traoré avait promis un retour à l’ordre constitutionnel d’ici juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette échéance, la junte a annoncé une prolongation de cinq ans de son mandat, officialisant ainsi l’abandon de ce calendrier.
Interdiction des partis politiques : une étape vers la « reconstruction » de l’État
En janvier dernier, les autorités ont dissous tous les partis politiques, les qualifiant de facteurs de division et d’instabilité. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un projet plus large visant à « rebâtir le pays » selon une approche inédite, bien que les contours de ce nouveau système restent flous.
Le dirigeant a critiqué sans détour le monde politique burkinabé : « En Afrique, surtout au Burkina Faso, un soi-disant homme politique incarne tous les défauts : c’est un menteur, un flatteur, un beau parleur. »
Une vision alternative centrée sur la souveraineté et le travail
Face aux critiques, Traoré a défendu sa démarche en insistant sur trois piliers : la souveraineté nationale, le patriotisme et la mobilisation populaire. Il a précisé que cette transition ne s’inspire d’aucun modèle étranger, mais repose sur une refonte totale des structures de pouvoir.
Il a également souligné la nécessité d’une autonomie économique et militaire, affirmant que des horaires de travail classiques de six à huit heures ne suffiraient pas à combler le retard du Burkina Faso face aux nations plus développées.
Répression de l’opposition et soutien populaire
Depuis son arrivée au pouvoir, le régime a muselé l’opposition, les médias indépendants et la société civile. Des détracteurs auraient même été envoyés au front dans le cadre de la lutte contre les groupes armés islamistes, une pratique vivement dénoncée par les organisations de défense des droits humains.
Malgré cette répression, le capitaine Traoré bénéficie d’un soutien croissant sur le continent africain, notamment pour son discours anti-occidental et son engagement en faveur de la souveraineté des États.
Alliance avec la Russie et persistance des violences
Comme ses voisins du Mali et du Niger, le Burkina Faso a rompu ses partenariats militaires avec l’Occident, privilégiant désormais la coopération avec Moscou pour combattre l’insurrection jihadiste qui ravage la région depuis une décennie. Pourtant, les violences persistent, sans signe d’amélioration.
Un rapport récent de Human Rights Watch révèle que plus de 1 800 civils ont péri au Burkina Faso depuis 2023, dont les deux tiers seraient imputables à l’armée et à ses milices alliées. Les groupes armés islamistes seraient responsables du tiers restant.