Après un long parcours semé d’embûches réglementaires, la banque nigériane United Bank for Africa (UBA) s’apprête à franchir une étape historique. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le régulateur bancaire français, devrait lui octroyer dans les prochains jours son agrément de banque de plein exercice. Une avancée majeure pour le groupe fondé par le milliardaire Tony Elumelu, mais aussi pour les relations économiques entre la France et le Nigeria.
Un feu vert longuement attendu
Le processus, lancé il y a plus d’un an et demi, a connu des ralentissements malgré le soutien politique affiché. Un accord cadre avait été signé en grande pompe à Paris entre Tony Elumelu et l’ex-ministre français des Finances Antoine Armand, sous l’impulsion des présidents Bola Tinubu et Emmanuel Macron. Pourtant, entre les exigences européennes et les ambitions africaines, les négociations se sont prolongées.
Des tractations discrètes pour débloquer la situation
Les discussions ont pris un tournant décisif lors du sommet Africa Forward à Nairobi, où le dossier UBA a été évoqué lors d’une réunion du France-Nigeria Business Council. En présence du ministre français délégué au Commerce extérieur, Nicolas Forissier, et de René-Laurent Alciator, directeur de la succursale parisienne d’UBA, les parties ont convenu d’un calendrier aligné sur les contraintes réglementaires françaises et les objectifs régionaux du groupe.
Un rendez-vous bilatéral, organisé peu après, a permis de lever les derniers obstacles administratifs auprès de la Banque de France. Une approche proactive qui a finalement porté ses fruits.
Paris devient un hub financier nigérian
Avec l’obtention de cette licence, UBA s’imposera comme la troisième banque nigériane à exercer pleinement son activité en France, après Access Bank et Zenith Bank. La première, implantée depuis 2023 via une succursale pilotée par Justin Maria, un ancien de BGFIBank, et la seconde, dirigée par Rabah Rahmani (ex-Société Générale), qui a obtenu son agrément en septembre 2024.
Cette installation à Paris consolide une stratégie ambitieuse : faciliter les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique francophone, tout en renforçant la présence des acteurs nigérians sur le marché financier français.
Un timing politique stratégique
L’homologation d’UBA coïncide avec un tournant pour le groupe. Tony Elumelu doit céder la présidence du conseil d’administration à Emmanuel Nnorom le 21 août. Mais l’annonce officielle de l’ouverture de la succursale parisienne pourrait être savamment orchestrée lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Nigeria, prévue fin octobre. Un événement diplomatique qui s’inscrit dans une dynamique de renforcement des liens économiques entre les deux pays.
Les relations entre Macron et Elumelu se sont d’ailleurs intensifiées ces derniers mois. En mars, le président français a nommé le magnat nigérian à la tête de l’Africa France Impact Coalition, une initiative visant à dynamiser les partenariats entre entreprises africaines et françaises.
Heirs Holdings accélère son expansion mondiale
Pour Tony Elumelu, cette licence française n’est qu’une étape dans une stratégie globale. UBA s’inscrit au sein de Heirs Holdings, un conglomérat diversifié allant de l’énergie à l’hôtellerie de luxe. Parallèlement à son ancrage parisien, le groupe multiplie les implantations en Afrique, avec des filiales récemment ouvertes en Éthiopie et au Rwanda via sa banque d’affaires, United Capital.
En s’établissant au cœur de la zone euro, UBA ne se contente pas de servir les entreprises françaises souhaitant investir en Afrique de l’Ouest. Elle ambitionne aussi d’accompagner les champions économiques africains dans leur conquête des marchés européens. Une passerelle financière désormais en place, prête à jouer un rôle clé dans le rapprochement stratégique entre Paris et Lagos.