Uranium au Niger : comment les coulisses du projet Dasa dévoilent une rupture stratégique majeure

Dasa s’impose comme l’avenir minier du Niger là où la SOMAÏR s’est enlisée

Le Niger, troisième producteur africain d’uranium, vit une révolution silencieuse dans le secteur minier. Alors que la SOMAÏR, historique filiale du groupe français Orano, voit sa production s’effondrer sous le poids de contraintes logistiques et politiques, un acteur émergent prend le relais. Le projet Dasa, soutenu par un investissement américain de 414 millions de dollars, s’impose comme le nouveau pilier de l’économie minière nigérienne. Derrière cette bascule se cachent des enjeux géopolitiques bien plus larges que la simple compensation des pertes de production.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la SOMAÏR, autrefois fleuron de l’extraction d’uranium au Niger, affiche un déficit de production dépassant les 80 % par rapport à ses capacités nominales. Blocus des routes d’exportation, fermeture des frontières avec le Bénin, impossibilité d’acheminer le yellowcake vers Cotonou… Les raisons de ce déclin sont multiples. Pourtant, elles révèlent surtout l’échec d’un modèle économique jugé obsolète par les nouvelles autorités nigériennes.

L’étouffement de la SOMAÏR : un symbole de la rupture avec le modèle français

La SOMAÏR a longtemps symbolisé la dépendance du Niger envers la France, un héritage colonial que la junte militaire au pouvoir entend dépasser. Les retards de production, les conflits autour de la gestion des sites et les tensions commerciales avec Paris ont conduit à une paralysie quasi totale. En août 2023, l’État nigérien a fini par retirer les permis d’exploitation à Orano, marquant la fin d’une ère.

Cette décision, bien que stratégique pour la souveraineté minière du pays, a eu des conséquences désastreuses à court terme : la fermeture des sites, la suspension des activités et un quasi-arrêt de l’exportation d’uranium. Un vide que Niamey ne pouvait se permettre de laisser persister, surtout dans un contexte où le prix de l’uranium fluctue et où la demande mondiale reste forte.

Dasa, la carte maîtresse des États-Unis pour sécuriser l’uranium nigérien

Face à l’effondrement de la SOMAÏR, le Niger a dû se tourner vers de nouveaux partenaires. C’est là qu’intervient le projet Dasa, porté par la société canadienne Global Atomic et financé à hauteur de 414 millions de dollars par la DFC (Development Finance Corporation) américaine. Un montant colossal qui en dit long sur les ambitions de Washington dans la région.

Plusieurs facteurs expliquent ce choix :

  • Des volumes compensatoires : Dasa possède l’un des gisements d’uranium les plus riches au monde, avec des teneurs exceptionnelles. Assez pour combler une partie des pertes de la SOMAÏR et répondre aux besoins des marchés internationaux.
  • Une neutralité perçue : Contrairement à Orano, jugé trop lié à la France, les structures nord-américaines comme Global Atomic et la DFC bénéficient d’une image plus neutre aux yeux des autorités nigériennes, malgré leur appui financier massif.
  • Une stratégie à long terme : Les États-Unis renforcent ainsi leur influence dans un pays stratégique, tout en sécurisant leurs approvisionnements en uranium, une ressource critique pour l’industrie nucléaire américaine.

La souveraineté minière du Niger à l’épreuve de la géopolitique

Ce basculement illustre une réalité complexe : le Niger, pris entre son désir d’indépendance et ses besoins économiques urgents, se retrouve contraint de faire des compromis. La junte militaire, initialement hostile aux investissements étrangers, a dû accepter l’aide américaine pour éviter un effondrement total de son secteur minier.

Une ironie de l’histoire pour un régime qui a accédé au pouvoir en promettant de rompre avec l’héritage colonial. Pourtant, face aux sanctions économiques et à l’isolement diplomatique, Niamey n’a eu d’autre choix que de se tourner vers de nouveaux alliés, fussent-ils coûteux sur le plan politique. Le général Tiani et son gouvernement doivent désormais naviguer entre la recherche d’une souveraineté affichée et la dépendance économique à des partenaires moins contraignants que la France, mais tout aussi influents.

Quel avenir pour l’uranium nigérien dans ce nouveau paysage ?

Le projet Dasa a un rôle clé à jouer dans la relance du secteur, mais il soulève aussi des questions cruciales. Les autorités nigériennes devront veiller à ce que cette collaboration avec les États-Unis ne devienne pas une nouvelle forme de dépendance. Parallèlement, la reprise de la production à la SOMAÏR, si elle est possible, pourrait rééquilibrer le marché et offrir au Niger une marge de manœuvre supplémentaire.

Une chose est sûre : l’uranium nigérien, longtemps dominé par les acteurs européens, est en train de vivre une mue profonde. Entre les mains de nouveaux partenaires et sous l’effet de dynamiques géopolitiques imprévues, son destin échappe désormais aux schémas traditionnels. Le Niger parviendra-t-il à en tirer profit sans y perdre son indépendance ? La réponse se jouera dans les années à venir, alors que les défis logistiques, économiques et politiques continueront de peser sur ce secteur vital.

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