Dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo, un nouveau drame s’est joué dans la nuit. Treize civils ont été massacrés et un village entièrement réduit en cendres lors d’une attaque attribuée aux Forces démocratiques alliées (ADF), milice d’origine ougandaise liée à l’État islamique. Les autorités locales confirment cette tragédie, qui s’ajoute à des années de violences endémiques dans cette région sous haute tension.
L’Ituri, théâtre d’une insécurité chronique
Les assaillants, profitant de l’obscurité, ont ciblé des familles sans défense avant d’incendier systématiquement les habitations. Les survivants, privés de tout, ont dû fuir vers des zones plus sûres. Ces méthodes brutales — attaques éclair, destructions massives, recours à des armes blanches — correspondent aux pratiques habituelles des ADF, actives depuis plus de dix ans dans le nord-est congolais.
L’Ituri, frontalière avec l’Ouganda et le Soudan du Sud, cumule les défis sécuritaires. Aux violences des ADF s’ajoutent les conflits intercommunautaires entre les milices Hema et Lendu, ainsi que l’activité de groupes armés locaux exploitant les richesses minières artisanales. Depuis mai 2021, la province est placée sous état de siège, confiée à des militaires, mais les résultats sur le terrain restent limités.
L’opération Shujaa : une lutte sans fin
Depuis fin 2021, l’armée congolaise (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF) mènent l’opération conjointe Shujaa pour démanteler les bases des ADF dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Malgré la destruction de plusieurs camps rebelles, les combattants se sont adaptés, formant des cellules mobiles qui multiplient les attaques contre des villages isolés plutôt que d’affronter les forces régulières.
Cette stratégie rend la contre-offensive particulièrement complexe. Les ADF profitent de la forêt dense, de la frontière poreuse avec l’Ouganda et du manque d’infrastructures pour frapper puis disparaître. Chaque massacre alimente les critiques contre le gouvernement de Kinshasa, où l’opposition dénonce l’incapacité à protéger les populations, malgré des moyens militaires importants et le retrait progressif, depuis 2024, de la MONUSCO.
Un vide sécuritaire et humanitaire préoccupant
Le retrait des Casques bleus laisse un espace que les FARDC peinent à combler. Dans les provinces voisines, la résurgence du M23, soutenu par le Rwanda selon des rapports d’experts, mobilise l’essentiel des ressources. L’Ituri devient ainsi un front secondaire, alors que les attaques y gagnent en intensité et en fréquence depuis le début de l’année.
Sur le plan humanitaire, la situation est catastrophique. Des centaines de milliers de déplacés vivent dans des camps précaires autour de Bunia, la capitale provinciale. Les organisations d’aide alertent régulièrement sur les pénuries de nourriture et de soins. La destruction récurrente de villages, comme lors de cette dernière attaque, aggrave la précarité et fragilise l’économie locale.
Pour Kinshasa, la stabilisation de l’Ituri est un enjeu majeur. Elle conditionne la crédibilité du pouvoir central, la sécurité des routes commerciales vers l’Afrique de l’Est et l’exploitation sereine des ressources minières, parmi les plus riches du continent. Tant que les ADF conserveront leur capacité de nuisance, les investisseurs hésiteront à s’installer, privant la région des fonds nécessaires à sa reconstruction. Le bilan de cette attaque pourrait encore s’alourdir dans les heures à venir.