Yaoundé décrypte : comment le Cameroun a triplé ses revenus sur les téléphones importés en seulement 5 mois

Entre avril et septembre 2026, la douane camerounaise a réalisé une percée exceptionnelle dans la collecte des droits sur les téléphones importés. 1,8 milliard de FCFA – soit près de 2,7 millions d’euros – ont été perçus en seulement cinq mois. Un bond spectaculaire qui s’explique par une réforme majeure du système de dédouanement, mais dont les répercussions divisent déjà les acteurs du secteur.

Le dessous des chiffres : une réforme qui change la donne

Avant l’instauration du nouveau mécanisme en avril 2026, les recettes douanières issues des téléphones importés plafonnaient à peine à 100 millions de FCFA par mois. Désormais, le flux a littéralement explosé. Mais quel est le secret de cette hausse fulgurante ?

La clé réside dans une digitalisation radicale des procédures. Les douanes camerounaises ont mis en place un système de collecte par catégories, où les appareils sont désormais classés dans huit tranches de prix, allant de 5 000 à 400 000 FCFA. Autre révolution : le taux global de taxation est passé de 67 % à seulement 33,33 %. Une simplification qui, paradoxalement, a boosté les recettes.

Les étals de téléphones en vente à Yaoundé reflètent les tensions générées par la réforme douanière

Un constat qui ne fait pas l’unanimité

Sur le terrain, les réactions sont partagées. À l’avenue Kennedy à Yaoundé, cœur des ventes de téléphones importés, les commerçants dénoncent une hausse des prix et des difficultés logistiques. Seydou, importateur de téléphones d’occasion, témoigne :

  • « Certains clients ne comprennent pas pourquoi leurs appareils – pourtant bien dédouanés – sont bloqués par des messages automatiques. Et ceux qui acceptent de payer plus cher sont rares. »
  • « Avant, un téléphone se revendait entre 20 000 et 25 000 FCFA. Maintenant, avec les taxes, son prix a presque doublé pour atteindre 45 000 FCFA. »

Un autre commerçant, Gérard Fontem, confirme cette tendance : « Certains téléphones passaient entre les mailles du filet. Aujourd’hui, plus personne ne veut les produits non déclarés. Mais les consommateurs pénalisés, ce sont ceux qui doivent payer le prix fort. »

La douane camerounaise contre-attaque : des arguments qui divise

Face à ces critiques, les autorités douanières camerounaises répondent par une argumentation détaillée. Paul Olivier Libii, inspecteur principal des douanes à Yaoundé, défend la réforme :

« Ceux qui parlent de hausse des prix sont ceux qui évitaient sciemment de payer leurs taxes. Pour les importateurs honnêtes, qui déclaraient déjà leurs appareils à 66 %, les prix ont en réalité baissé. La réforme a simplement uniformisé les règles pour empêcher les tricheurs de prendre des parts de marché. »

Selon lui, l’objectif n’est pas fiscaliste, mais structurel :

  • Sécuriser le marché en éradiquant les importations frauduleuses.
  • Rationaliser les procédures pour fluidifier le commerce légal.
  • Financer des projets publics grâce à des recettes nouvelles et transparentes.

Un pari audacieux ou un risque pour l’économie ?

Si la réforme porte ses fruits sur le plan budgétaire, son impact sur le pouvoir d’achat et le marché informel reste discuté. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : cinq millions de téléphones échappaient autrefois au système. La douane promet de les récupérer, mais les importateurs s’inquiètent des retards et surcoûts induits.

Une chose est sûre : cette réforme marque un tournant dans la gestion des importations de téléphones au Cameroun. Reste à savoir si cet équilibre entre recettes publiques et équité commerciale sera durable dans un secteur aussi dynamique que celui des nouvelles technologies.

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