Avocate burkinabè Ini benjamine esther doli détenue arbitrairement

Condamnation et détention arbitraire d’une avocate engagée au Burkina Faso

Au Burkina Faso, la situation des défenseurs des droits humains s’aggrave avec la condamnation et la poursuite en détention arbitraire de Maître Ini Benjamine Esther Doli, une avocate et militante reconnue. Cette affaire soulève de sérieuses questions sur le respect des libertés fondamentales dans le pays, notamment la liberté d’expression.

Le tribunal de grande instance de Ouagadougou a, lors d’une audience à huis clos le 10 novembre 2025, condamné Maître Doli à 12 mois de prison ferme pour des propos publiés sur son compte Facebook. Elle a également écopé d’une amende de 1 000 000 F.CFA (environ 1 525 euros) pour deux chefs d’accusation : « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées ». L’avocate a fait appel de cette décision, tandis que la charge de « trahison » a été abandonnée par le procureur.

Actuellement incarcérée au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou, Ini Benjamine Esther Doli conserve un accès limité à ses droits fondamentaux : visites de sa famille et de ses avocats, ainsi que des soins médicaux. Pourtant, son arrestation et sa détention s’inscrivent dans un contexte plus large de répression contre les voix critiques au Burkina Faso.


Un parcours marqué par l’engagement pour la justice

Ancienne substitut du Procureur du Faso et Commissaire du gouvernement au Tribunal administratif de Ouagadougou, Ini Benjamine Esther Doli est inscrite au Tableau de l’Ordre des avocats du Burkina Faso depuis juillet 2024. Son parcours professionnel illustre son engagement en faveur des droits humains et de la justice, une mission qu’elle a poursuivie activement sur les réseaux sociaux.

Sur sa page Facebook, elle dénonçait sans relâche les violations des droits fondamentaux, l’intimidation des citoyens et des défenseurs des droits, ainsi que les dysfonctionnements du système judiciaire burkinabè. Ses publications mettaient en lumière les lenteurs judiciaires, les entraves à l’indépendance de la magistrature et les abus de pouvoir, notamment ceux des autorités militaires au pouvoir.

Quelques heures avant son enlèvement, elle avait partagé un message poignant : « Feu Thomas Sankara a fait sa révolution, mais nous n’avions rien vu de tout ce qui se passe horriblement aujourd’hui ! Lui au moins, il avait créé des tribunaux populaires pour juger les infractions, mais ne se substituait pas à la justice pour brutaliser son peuple. » Ces propos, jugés subversifs par les autorités, ont servi de prétexte à sa condamnation.


Une arrestation et une détention entourées de zones d’ombre

Ini Benjamine Esther Doli a été enlevée dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025 à son domicile à Ouagadougou. Des individus armés, se présentant comme des gendarmes, ont fait irruption chez elle avant son retour d’un voyage à l’étranger. Cette arrestation s’inscrit dans une série d’enlèvements et de disparitions forcées ciblant les défenseurs des droits humains et les journalistes au Burkina Faso.

Parmi les cas les plus médiatisés :

  • Amadou Sawadogo, membre du mouvement citoyen Balai citoyen, porté disparu le 21 mars 2025, libéré le 26 mai 2025.
  • Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du même mouvement, enlevé le 30 mars 2025 et toujours porté disparu.
  • Les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, enlevés le 24 mars 2025, libérés respectivement les 17 juillet et 21 juillet 2025.
  • Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur du bimensuel L’Événement, enlevé le 24 juin 2024 et toujours porté disparu.

Ces actes s’ajoutent à la détention arbitraire de Me Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, arrêté en janvier 2024 et toujours incarcéré pour « complot et association de malfaiteurs ».


Une répression qui menace les libertés fondamentales

La condamnation et la détention d’Ini Benjamine Esther Doli sont symptomatiques d’une stratégie de musèlement des défenseurs des droits humains et des journalistes au Burkina Faso. Les autorités militaires au pouvoir ciblent systématiquement ceux qui osent critiquer les manquements du régime ou dénoncer les violations des droits humains.

Cette répression viole plusieurs textes internationaux ratifiés par le Burkina Faso :

  • Les Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) des Nations unies.
  • Les Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
  • La Constitution et la Charte de la transition du Burkina Faso.

Les organisations de défense des droits humains exhortent les autorités à mettre fin à ces pratiques et à libérer immédiatement Ini Benjamine Esther Doli, ainsi que tous les défenseurs des droits détenus arbitrairement.


Agir pour la libération d’Ini Benjamine Esther Doli

Pour soutenir cette cause, voici les actions que vous pouvez entreprendre :

  • Interpeller les autorités burkinabè en leur demandant de :
    • Garantir l’intégrité physique et psychologique d’Ini Benjamine Esther Doli et de tous les défenseurs des droits humains détenus.
    • Libérer immédiatement et sans condition Ini Benjamine Esther Doli et les autres détenus arbitrairement.
    • Ouvrir une enquête transparente sur les circonstances de son enlèvement et de sa détention.
    • Respecter les libertés fondamentales, en particulier la liberté d’expression et d’association.

Voici les contacts des autorités à contacter :

  • Capitaine Ibrahim Traore, Président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration II (MPSR II) : @CapitaineIb22
  • Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier Ministre du Burkina Faso : @J_E_Ouedraogo
  • Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice et des Droits humains : [email protected]
  • Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires étrangères : [email protected]
  • Commission nationale des droits humains du Burkina Faso : [email protected]
  • Représentations diplomatiques du Burkina Faso dans votre pays.

N’hésitez pas à partager cette information sur les réseaux sociaux ou à contacter les ambassades du Burkina Faso pour amplifier votre voix.


La liberté d’expression et la protection des défenseurs des droits humains sont des piliers essentiels de toute démocratie. Leur respect doit être une priorité absolue pour les autorités burkinabè.

Retour en haut