Vaccination contre le VPH au Mali : un an de succès et d’espoir

vaccination contre le VPH au Mali : un an de succès et d’espoir

Un an après le lancement de la campagne de vaccination contre le papillomavirus humain (VPH) au Mali, les résultats sont encourageants. Plus de 145 000 filles de 10 ans ont déjà reçu leur dose, marquant une avancée significative dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus. Malgré les défis persistants comme les réticences et les contraintes logistiques, soignants, associations et familles unissent leurs efforts pour pérenniser cette protection essentielle.

Des dizaines de jeunes filles brandissent leur carnet de vaccination après avoir reçu la dose unique contre le VPH. Crédit : Centre Djiguiya, Bamako

Dans le quartier de Korofina à Bamako, une séance d’information rassemble femmes et jeunes filles au centre d’état civil. Amin Dem, sage-femme, explique : « Au début, il y avait beaucoup de réticence. Les filles avaient peur, et les parents aussi. Mais avec la sensibilisation, les choses ont changé. »

une avancée majeure pour la santé des femmes

Introduit en novembre 2024, le vaccin contre le VPH représente un tournant pour le Mali. Grâce au schéma à dose unique, qui offre désormais une protection complète, plus de 145 000 filles âgées de 10 ans ont été vaccinées entre janvier et septembre 2025. Parmi elles, 113 000 sont scolarisées, tandis que 32 400 filles non scolarisées ont également bénéficié de cette protection. Les autorités soulignent toutefois la nécessité d’intensifier les efforts pour toucher davantage ce public, souvent plus exposé aux risques.

Pour le Dr Ibrahima Téguété, gynécologue-obstétricien au CHU du Point G, cette initiative rapproche le Mali des objectifs 90-70-90 de l’OMS : vacciner 90 % des filles contre le VPH, dépister 70 % des femmes à deux âges clés, et assurer l’accès au traitement pour 90 % de celles qui présentent des lésions. « L’introduction du vaccin est une grande satisfaction. Elle nous permet enfin d’agir en prévention primaire », souligne-t-il. Il reste toutefois conscient des limites du système : « Nous n’avons qu’une seule unité de radiothérapie. Le dernier “90” sera encore difficile à atteindre. »

une mobilisation collective pour vaincre les réticences

La campagne s’appuie sur les structures de santé publique, mais la société civile joue également un rôle clé. À Bamako, l’ONG Solidaris223 a multiplié les séances de sensibilisation depuis le lancement. « Nous sommes intervenus dans toutes les communes. Les mamans venaient nous demander où vacciner leurs filles », raconte sa présidente, Amina Dicko.

Au Centre Djiguiya, une journée entière a été consacrée à la vaccination. « Soixante-dix filles internes ont reçu leur dose, et aucune n’a eu d’effet secondaire », se réjouit la directrice, Mme Togo Mariam Sidibé.

Les adolescentes partagent leur expérience. Awa, 10 ans, confie : « J’avais peur de l’aiguille, mais c’est passé vite. Je suis contente, parce que ça nous protège pour plus tard. » Pour le Dr Téguété, ces initiatives illustrent l’engagement des acteurs : « Les premières dotations ont été utilisées très rapidement. Cela prouve qu’il y a une volonté collective. »

les défis persistants et les solutions envisagées

Les rumeurs sur la fertilité continuent de freiner certaines familles. « Certains font croire que le vaccin est un moyen de nous nuire. C’est totalement faux », insiste le Dr Téguété. Amin Dem observe au quotidien des changements : « aujourd’hui, certaines mamans viennent d’elles-mêmes demander le vaccin. Dès qu’on prend le temps d’expliquer, ça change tout. »

Malgré les progrès, le déploiement du vaccin n’est pas sans difficultés. « Entre Mopti et Gao, les déplacements sont parfois impossibles par la route », reconnaît le Dr Téguété. Pour contourner ces obstacles, certaines dotations sont acheminées par avion vers les chefs-lieux de région.

Le vaccin reste entièrement gratuit pour toutes les filles de 10 ans, une mesure maintenue grâce aux efforts conjoints de l’État et de ses partenaires techniques et financiers, notamment Gavi. Cette gratuité garantit l’équité d’accès, même dans les zones les plus reculées. « Si nous parvenons à maintenir cet effort pendant encore quelques années, nous aurons vacciné toutes les filles de 9 à 14 ans », estime le spécialiste.

un avenir prometteur malgré les obstacles

Les efforts de prévention ne datent pas d’hier. Entre 2016 et 2022, le programme Weekend 70 a permis de faire passer le taux de dépistage du cancer du col de 15 % à plus de 70 % dans le district de Bamako. Cependant, la désinformation reste un obstacle majeur. « Ce que les gens ne savent pas, ils le redoutent. Il faut continuer à expliquer, informer, parler », insiste le Dr Téguété.

Il salue également l’implication des leaders religieux. « Leur soutien a énormément rassuré les familles. » À Bamako, les résultats sont visibles : les parents sont plus confiants, les filles plus nombreuses à recevoir le vaccin. « Bamako n’est pas le Mali, mais c’est un bon indicateur de ce que nous pouvons accomplir ensemble. »

Amin Dem partage cet optimisme : « Avant, on nous demandait pourquoi on parlait du cancer ici. Aujourd’hui, les gens viennent chercher des réponses. »

Pour les professionnels comme pour les associations, le vaccin contre le VPH marque le début d’une transformation profonde de la santé des femmes au Mali. Et comme le rappelle le Dr Téguété, « Derrière chaque fille vaccinée, c’est une femme sauvée. »

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