Coup dur pour les aviculteurs au Burkina Faso : le plafond des prix des œufs menace l’économie locale

Une décision gouvernementale qui fragilise davantage la filière avicole

Les professionnels de l’aviculture burkinabè voient d’un mauvais œil l’annonce récente des autorités. Le gouvernement a en effet imposé un plafond strict sur le prix de vente des œufs de poule pondeuse, sans tenir compte des réalités économiques du secteur. Désormais, chaque œuf ne peut dépasser 100 F CFA à l’achat pour le consommateur final, tandis que les grossistes devront se contenter de 2 600 F CFA le plateau et les détaillants de 2 750 F CFA. Une mesure présentée comme une avancée sociale mais qui, en réalité, risque de saper les fondations mêmes de cette industrie.

Une équation économique impossible à résoudre

Comment imposer un prix maximal à un produit sans endiguer la flambée des coûts de production ? C’est le paradoxe auquel sont confrontés les aviculteurs burkinabè. L’élevage de poules pondeuses repose en grande partie sur des intrants coûteux, notamment la provende – un mélange de maïs, de tourteaux (soja et coton) et de minéraux essentiels. Or, ces dernières semaines, les prix de ces matières premières ont connu une hausse vertigineuse, alimentée par l’inflation, les difficultés logistiques et les tensions sur les approvisionnements.

En décidant unilatéralement du prix de vente des œufs sans proposer de mesures compensatoires pour les producteurs, l’État condamne ces derniers à une marge bénéficiaire nulle ou, pire, à vendre à perte. Une situation intenable qui menace la pérennité des exploitations, surtout les plus modestes.

La liberté d’entreprendre, victime collatérale de cette décision

Le principe de la liberté économique, pilier de toute croissance durable, se trouve aujourd’hui mis à mal. Un entrepreneur doit pouvoir fixer ses prix en fonction de ses coûts réels, de ses investissements et des contraintes du marché. Or, en s’immisçant dans la gestion tarifaire des entreprises privées, l’État ne régule plus : il étouffe l’initiative et décourage l’investissement.

Pourquoi un éleveur accepterait-il de s’endetter sur des décennies pour construire une ferme, recruter des employés locaux ou investir dans des technologies modernes, si l’État se réserve le droit de fixer arbitrairement ses revenus ? Cette mesure envoie un signal désastreux : la rentabilité n’est plus une priorité aux yeux des pouvoirs publics.

Les conséquences prévisibles : pénurie et économie parallèle

L’histoire économique le démontre sans ambiguïté : les prix plafonnés sans soutien à la production mènent inévitablement à des effets contre-productifs. Plusieurs scénarios sombres se dessinent déjà :

  • La disparition des petits producteurs : Moins armés face aux chocs économiques, les aviculteurs familiaux ou les petites exploitations seront les premiers à mettre la clé sous la porte, entraînant la suppression de milliers d’emplois locaux.
  • Une baisse de la production : Pour limiter les pertes, certains éleveurs réduiront leurs troupeaux ou cesseront purement et simplement leur activité.
  • L’émergence d’un marché noir : Avec l’accroissement des pénuries, les œufs deviendront encore plus rares sur les étals officiels. Résultat ? Les consommateurs devront se tourner vers des circuits parallèles où les prix exploseront, bien au-delà des 100 F CFA réglementaires.

Vers une régulation intelligente et durable

Protéger le pouvoir d’achat des Burkinabè est une priorité louable, mais elle ne doit pas se faire au détriment de ceux qui alimentent le pays. Plutôt que de s’acharner sur les prix de vente, l’État devrait agir en amont pour soutenir la production :

  • Subventionner les intrants (provende, médicaments vétérinaires) pour réduire les coûts des éleveurs.
  • Exonérer les taxes sur les équipements et les matières premières essentielles à l’aviculture.
  • Faciliter l’accès au crédit pour permettre aux petits producteurs de moderniser leurs installations sans s’endetter excessivement.

En maintenant cette politique de prix artificiellement bas sans soutien à la filière, le gouvernement prend le risque de saper la souveraineté alimentaire du Burkina Faso. Une filière avicole en péril, c’est une dépendance accrue aux importations, une hausse des prix à terme pour les consommateurs, et une économie locale privée de milliers d’emplois.

Pour éviter ce scénario catastrophe, il est urgent de repenser cette mesure et de privilégier des solutions structurelles plutôt que des interdits déconnectés de la réalité.

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