Gabon : la dette publique à un tournant critique pour 2027

Le Gabon fait face à une augmentation significative de sa dette publique, avec des prévisions alarmantes indiquant qu’elle pourrait atteindre 94,3 % de son produit intérieur brut (PIB) d’ici 2027. Cette escalade, initiée durant la période de transition et confirmée sous la direction du général Brice Clotaire Oligui Nguema à Libreville, place le pays bien au-delà du seuil de 70 % du PIB recommandé par les critères de convergence de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), signalant une situation financière tendue.

Les inquiétudes grandissantes des créanciers internationaux

L’accroissement rapide de l’endettement gabonais suscite des interrogations parmi les partenaires financiers, contrastant avec les engagements passés en matière de rigueur budgétaire. Malgré des revenus pétroliers encore considérables et une hausse des cours du manganèse, dont le Gabon est un producteur majeur, les finances de l’État peinent à générer les excédents nécessaires au désendettement. Le coût du service de la dette accapare une portion de plus en plus importante des recettes publiques, limitant ainsi les investissements essentiels dans les infrastructures et les services sociaux de base.

Cette dynamique défavorable a conduit le Fonds monétaire international (FMI) à suspendre ses versements en 2024, invoquant des problèmes de gouvernance financière et un dérapage des dépenses. Sans le soutien d’un programme actif avec cette institution de Bretton Woods, le gouvernement gabonais est contraint de se tourner vers les marchés régionaux de titres publics et les financements bilatéraux, dont les conditions sont généralement moins avantageuses que celles des prêts concessionnels.

La relance économique par la dépense publique : un pari audacieux

Depuis le coup d’État d’août 2023 qui a renversé Ali Bongo Ondimba, le général Oligui Nguema a fait de la commande publique un outil central de sa légitimation politique. De nombreux projets d’infrastructures routières, la modernisation d’équipements sociaux et des programmes de construction de logements ont été lancés, affichant une volonté de rupture avec la gestion précédente. Cependant, cette politique de dépenses a entraîné une détérioration du déficit primaire et une accumulation d’arriérés envers les fournisseurs de l’État.

Les documents budgétaires révèlent une progression de la dette publique gabonaise, passant d’environ 73 % du PIB en 2024 à la projection de 94,3 % en 2027. Cette augmentation rapide en seulement trois ans met en lumière une dépendance croissante à l’endettement plutôt qu’à une amélioration de la mobilisation des recettes fiscales internes. Le faible taux de pression fiscale au Gabon, historiquement bas pour un pays à revenu intermédiaire, reste un point de discorde persistant avec les partenaires techniques.

Les enjeux de la souveraineté budgétaire et l’image auprès des investisseurs

Pour un État souverain tel que le Gabon, déjà présent sur les marchés financiers internationaux via des eurobonds, l’évolution de sa notation de crédit est cruciale. Les agences de notation ont déjà ajusté à plusieurs reprises la perspective du pays, reflétant l’incertitude autour de sa trajectoire budgétaire et sa capacité à honorer ses échéances futures. Dépasser durablement le seuil des 90 % du PIB pourrait entraîner une augmentation du coût de sa dette extérieure et une réduction du nombre d’investisseurs prêts à souscrire à de nouvelles émissions.

Dans la sous-région, les pays membres de la CEMAC observent attentivement la situation gabonaise, craignant qu’un déséquilibre financier local n’affecte la stabilité des réserves de change communes, gérées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Les autorités monétaires régionales ont d’ailleurs multiplié les appels à un retour à des ratios d’endettement soutenables, alors que le Tchad, le Congo-Brazzaville et le Cameroun sont également confrontés à des niveaux d’endettement élevés.

La question de la crédibilité politique de cette trajectoire demeure essentielle. L’adoption d’un nouveau cadre constitutionnel civil, concrétisée par le référendum de novembre 2024 et l’élection présidentielle d’avril 2025, pourrait en théorie ouvrir la voie à une reprise des programmes de coopération financière. Néanmoins, il sera impératif que l’exécutif gabonais accompagne ses ambitions en matière d’infrastructures d’un plan d’assainissement budgétaire rigoureux. C’est une condition indispensable pour éviter que la dette publique ne devienne, à moyen terme, une source structurelle de fragilité pour l’économie nationale, comme le confirment les projections officielles avec ce seuil de 94,3 % du PIB en 2027.

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