Guinée-Bissau : ce que la chasse aux armes à Bissau coûte déjà aux citoyens et à l’économie

Écouter l'article7 min

À Bissau, la vaste opération de désarmement menée par la junte militaire ne bouleverse pas seulement le jeu politique : elle pèse déjà sur la vie quotidienne, sur l’activité économique et sur le moral d’une population qui redoute une nouvelle crise. À deux mois de la présidentielle du 6 décembre, les perquisitions, les saisies et l’incertitude autour du retour de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló produisent des effets concrets pour les habitants, les commerçants et l’ensemble des acteurs du pays.

Un climat de fouilles qui paralyse les quartiers de Bissau

Les forces de sécurité continuent de passer au crible plusieurs secteurs de la capitale, inspectant des conteneurs et des habitations à la recherche d’armes et de munitions dissimulées. Cette campagne vise à désarmer des groupes jugés susceptibles de menacer la stabilité de Bissau.

Pour les résidents, ces opérations se traduisent par des contrôles répétés, des rues bouclées et une atmosphère d’inquiétude. Les activités commerciales ralentissent dans les zones quadrillées, et les déplacements deviennent plus compliqués. Les autorités militaires veulent reprendre le contrôle des armes qui circuleraient en dehors des structures officielles, dans un pays où l’armée joue depuis des décennies un rôle central dans les crises politiques.

Selon les informations disponibles, certaines armes recherchées seraient attribuées à des éléments liés à l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Une accusation politiquement sensible, qui devra être étayée par des éléments établissant précisément l’origine des armes et l’identité de leurs détenteurs.

Embaló bloqué : quelles conséquences pour la campagne et les électeurs ?

Derrière ces opérations sécuritaires se dessine une échéance politique majeure : l’élection présidentielle prévue le 6 décembre 2026. Après le coup d’État qui l’a renversé en novembre 2025, Umaro Sissoco Embaló vit en exil au Maroc.

L’ancien président a annoncé son intention de revenir en Guinée-Bissau et de briguer à nouveau la magistrature suprême. Fin septembre, il avait déclaré qu’il serait candidat. Son retour devait initialement intervenir le 4 octobre, mais la hiérarchie militaire a décidé de lui en barrer l’accès, invoquant des conditions de sécurité non réunies et la protection de l’ordre public.

Embaló maintient sa volonté de participer au scrutin et demande que sa candidature soit examinée par les autorités judiciaires de manière impartiale et indépendante. Pour ses partisans, cette situation crée un sentiment d’exclusion qui pourrait peser sur la légitimité du futur scrutin.

Une transition militaire sous pression politique

La confrontation entre l’ancien président et les nouvelles autorités ne se limite plus à la question de son retour au pays. Elle pourrait désormais se jouer directement sur le terrain électoral.

La junte s’est engagée à organiser des élections destinées à rétablir un pouvoir civil. Le scrutin présidentiel et les législatives sont officiellement fixés au 6 décembre. Mais le cas Embaló place les militaires devant une équation délicate : comment organiser une élection censée marquer la fin de la transition tout en empêchant l’ancien président renversé par le coup d’État de revenir faire campagne ?

Pour l’heure, les autorités ont officiellement justifié son interdiction de retour par des considérations sécuritaires. Il serait donc prématuré de parler d’une candidature juridiquement rejetée par la junte. En revanche, son retour physique dans le pays est bien bloqué par les autorités militaires, ce qui compromet concrètement sa capacité à mener une campagne sur le terrain.

Les armes, un enjeu politique autant que sécuritaire

C’est dans ce contexte que les opérations de saisie prennent une dimension supplémentaire. En recherchant des armes susceptibles d’être liées à des réseaux proches de l’ancien pouvoir, la junte affirme vouloir prévenir toute menace contre la sécurité publique.

Mais ces opérations interviennent au moment précis où la rivalité politique autour de la présidentielle s’intensifie. La question sera donc de savoir si le désarmement constitue uniquement une mesure de sécurité ou s’il aura également des conséquences sur le rapport de forces politique avant le scrutin.

Les autorités militaires devront notamment démontrer que les perquisitions et les saisies reposent sur des procédures transparentes et qu’elles ne servent pas à écarter certains adversaires politiques. Pour les citoyens, l’enjeu est double : vivre en sécurité et pouvoir choisir leurs dirigeants dans un cadre crédible.

Une présidentielle décisive pour l’avenir institutionnel

La junte a déjà fait adopter en août une nouvelle Constitution à l’issue d’un référendum fortement contesté par une partie de l’opposition et de la société civile. Le nouveau texte renforce notamment les pouvoirs présidentiels.

Dans ce climat, la présidentielle du 6 décembre représente un rendez-vous crucial pour l’avenir institutionnel du pays. Le retour éventuel d’Embaló, sa candidature et les conditions dans lesquelles les autres prétendants pourront faire campagne seront scrutés avec attention.

À Bissau, les militaires continuent donc de fouiller, saisir et désarmer. Mais derrière les conteneurs inspectés et les armes recherchées se profile désormais une bataille plus large : celle du contrôle de la transition et des conditions dans lesquelles la Guinée-Bissau retournera — ou non — au pouvoir civil.

À deux mois du scrutin, le bras de fer entre la junte et Umaro Sissoco Embaló ne fait que commencer, avec des répercussions directes sur la stabilité économique et sociale du pays.

Suivre l'actualitéCopiez le lien du flux dans votre lecteur RSS préféré
Défiler vers le haut