Le territoire malien s’enfonce à nouveau dans une spirale de violence aux conséquences potentiellement dévastatrices, après des années de tensions marquées par l’insurrection terroriste et les putschs de 2020 et 2021. Le samedi 25 avril, une opération d’envergure a été déclenchée conjointement par les insurgés touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les terroristes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une branche affiliée à Al-Qaïda. Cette offensive coordonnée a frappé simultanément sept localités stratégiques : la capitale Bamako et sa voisine Kati, les villes du centre Konna, Mopti et Sévaré, ainsi que Gao et Kidal dans le nord.
Une offensive complexe sur plusieurs fronts
La cité de Kidal, véritable verrou militaire du nord-ouest, est tombée sous le contrôle total des assaillants. Pour parvenir à leurs fins, les groupes armés ont déployé un arsenal varié : voitures piégées, engins explosifs improvisés, drones kamikazes et tirs d’artillerie. Les attaques, qui ont débuté à l’aube, ont visé des points névralgiques tels que la résidence présidentielle, le ministère de la Défense et l’aéroport international Modibo Keita de Bamako.
Le gouvernement de transition a reconnu la complexité de ces assauts, tout en affirmant que la situation demeurait sous contrôle malgré le bilan de 16 blessés civils et militaires. Un couvre-feu de 72 heures a été décrété dans la capitale et l’aéroport a été temporairement fermé. Le chef d’état-major, Oumar Diarra, a dénoncé une stratégie de déstabilisation orchestrée par des forces internes et externes. Selon ses dires, les Forces armées maliennes (FAMA) auraient neutralisé plus de 200 combattants ennemis, bien qu’il ait admis un redéploiement tactique des troupes de Kidal vers Anefis.
Le retrait des forces russes et l’ombre de l’Ukraine
L’Africa Corps, successeur du groupe Wagner sous l’égide du ministère russe de la Défense, a officialisé son départ de Kidal. Ce retrait, présenté comme une décision conjointe avec Bamako, a été accompagné de l’évacuation des blessés et du matériel lourd. Parallèlement, les rebelles du FLA ont affirmé avoir négocié ce retrait pour éviter des combats directs avec les troupes russes.
Dans sa communication, l’Africa Corps a prétendu avoir déjoué un coup d’État impliquant des milliers de combattants soutenus par des services de renseignement occidentaux et des instructeurs ukrainiens. Moscou affirme avoir infligé de lourdes pertes aux djihadistes tout en évitant un « scénario syrien » au Mali. L’implication supposée de l’Ukraine, qui chercherait à affaiblir les intérêts russes en Afrique, a d’ailleurs conduit à la rupture des relations diplomatiques entre Bamako et Kiev.
Un séisme politique : la mort du ministre de la Défense
Le régime militaire a subi un coup très dur avec le décès de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale de la junte. Sa résidence à Kati a été la cible d’une attaque suicide au véhicule piégé. Le ministre a succombé à ses blessures après avoir tenté de repousser les assaillants. Cette attaque a également coûté la vie à plusieurs membres de sa famille et à des civils. Sadio Camara était l’architecte du rapprochement entre le Mali et la Russie.
D’autres hauts responsables ont été touchés, notamment Modibo Koné, chef de la sûreté de l’État, blessé par balles. Le président de la transition, Assimi Goïta, a dû être évacué d’urgence vers un lieu sécurisé.
L’alliance de circonstance entre Touaregs et djihadistes
Cette offensive marque la concrétisation d’une union tactique entre le Cadre stratégique pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP-DPA) et le JNIM. Bien que leurs idéologies divergent — les Touaregs réclamant l’autonomie de l’Azawad et les djihadistes prônant un État islamique — ils partagent désormais un ennemi commun : la junte de Bamako et ses alliés russes. Cette coordination s’était déjà illustrée lors de la bataille de Tinzaouaten en juillet 2024, où les mercenaires russes avaient subi une défaite historique.