Ousmane Sonko peut-il bloquer le budget 2026 de Bassirou Diomaye Faye ?

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La loi de finances rectificative 2026 est arrivée à l’Assemblée nationale le 18 septembre 2026. Ousmane Sonko, président de l’institution et chef de Pastef, dispose de plusieurs leviers constitutionnels pour freiner, modifier ou rejeter le texte. Bassirou Diomaye Faye, lui, garde des armes tout aussi redoutables. Décryptage d’un bras de fer aux allures de test pour la cohabitation.

Un rapport de force installé après le remaniement de mai 2026

Le 22 mai 2026, un décret présidentiel a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko à la Primature et à celles de son gouvernement. Ahmadou Al Aminou Lô a été nommé Premier ministre le 25 mai 2026. Le leader de Pastef a pris la tête de l’Assemblée nationale, succédant à El Malick Ndiaye. Le duo de 2024 s’est transformé en face-à-face institutionnel.

Bassirou Diomaye Faye se dit convaincu que la majorité Pastef votera la loi de finances rectificative. Pour lui, Ousmane Sonko et ses députés n’auront d’autre choix que de valider le texte dans l’intérêt des Sénégalais, confrontés à une période difficile. Une assurance qui ressemble à un avertissement.

Le vote : l’arme la plus directe de la majorité Pastef

Sur le papier, rien n’oblige les députés à adopter un projet de loi de finances. La Constitution confie à l’Assemblée nationale le pouvoir de voter la loi et de contrôler l’action du gouvernement. Avec 130 sièges sur 165 obtenus aux législatives de novembre 2024, Pastef peut rejeter le texte en séance plénière sans aucun allié.

Cette voie est la plus directe, mais aussi la plus risquée politiquement. Un refus frontal ferait porter au parti de Sonko la responsabilité d’un éventuel blocage des finances publiques en pleine négociation avec le FMI.

Le chef de l’État ne peut pas compter sur des défections. L’article 60 de la Constitution prévoit que tout député qui démissionne de son parti en cours de législature est automatiquement déchu de son mandat. Ce verrou protège la discipline du groupe Pastef.

La voie des amendements : réduire les dépenses sans rejeter le texte

Entre l’adoption et le rejet, les députés disposent d’une troisième voie. L’article 82 encadre strictement leur droit d’amendement en matière budgétaire : aucun article additionnel ni amendement à un projet de loi de finances n’est recevable, sauf s’il vise à supprimer ou à réduire effectivement une dépense, ou à créer ou accroître une recette.

La majorité ne peut donc pas gonfler les crédits, mais elle peut tailler dans les dépenses prévues par le gouvernement. Un moyen de réécrire en profondeur les arbitrages de l’exécutif, notamment ceux liés aux engagements pris avec le FMI, sans passer par un rejet pur et simple.

Le gouvernement dispose toutefois d’une parade. Le même article 82 lui permet de demander un vote unique sur tout ou partie du texte, en ne retenant que les amendements qu’il a proposés ou acceptés. Cette procédure oblige les députés à se prononcer en bloc, ce qui les ramène au dilemme de départ : adopter le texte tel que voulu par l’exécutif ou assumer son rejet.

Jouer la montre : une stratégie risquée pour Ousmane Sonko

La présidence de l’Assemblée donne à Ousmane Sonko une influence réelle sur le calendrier des travaux. Mais l’article 84 réduit fortement la possibilité d’enterrer le texte : l’inscription prioritaire d’un projet de loi à l’ordre du jour est de droit dès lors que le Président de la République ou le Premier ministre la réclame.

Surtout, le temps joue contre une stratégie d’obstruction. L’article 68 fixe à soixante jours au plus le délai dont dispose l’Assemblée pour voter les projets de lois de finances. Si le texte n’est pas voté définitivement à l’expiration de ce délai, il est mis en vigueur par décret, en tenant compte des amendements votés par les députés et acceptés par le Président de la République.

Le dépôt ayant été enregistré le 18 septembre, cette échéance tombe autour du 17 novembre 2026. Laisser traîner l’examen reviendrait donc à offrir à Diomaye Faye la possibilité de promulguer son budget sans l’aval du Parlement.

Une zone grise demeure. La Constitution prévoit explicitement le cas d’un texte « non voté » dans les délais, mais reste muette sur l’hypothèse d’un rejet formel en séance. La question de savoir si le recours au décret reste ouvert après un vote négatif explicite pourrait être portée devant le Conseil constitutionnel, que l’article 74 permet de saisir à un dixième des députés.

L’article 86 : l’arme de l’exécutif face au blocage

L’exécutif possède un autre outil, déjà utilisé en décembre 2024 pour faire adopter le budget 2025, à l’époque où Ousmane Sonko lui-même dirigeait le gouvernement. L’article 86 permet au Premier ministre, après délibération du Conseil des ministres, d’engager la responsabilité du gouvernement sur le vote d’un projet de loi de finances.

Le texte est alors considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures, est votée à la majorité absolue des membres de l’Assemblée.

C’est là que la majorité Pastef retrouve toute sa puissance. Une motion de censure ne requiert que la signature d’un dixième des députés pour être recevable, et 83 voix pour être adoptée. Pastef dispose largement de ce seuil.

Si le gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lô choisissait cette voie, les députés de Sonko pourraient non seulement faire échouer le budget, mais aussi renverser le gouvernement. Une arme redoutable, mais lourde de conséquences, puisqu’elle ouvrirait une crise gouvernementale à quelques semaines de la date à partir de laquelle le chef de l’État retrouve son pouvoir de dissolution.

Le 2 décembre 2026 : la date qui verrouille le rapport de force

L’article 87 autorise le Président de la République à dissoudre l’Assemblée nationale après avis du Premier ministre et du président de l’Assemblée, mais interdit toute dissolution durant les deux premières années de la législature. Installée le 2 décembre 2024, l’actuelle Assemblée est protégée jusqu’au 2 décembre 2026.

Interrogé sur une éventuelle dissolution, Bassirou Diomaye Faye a lui-même rappelé que cette date n’était pas encore atteinte.

Le calendrier dessine ainsi une séquence serrée. Le délai de soixante jours pour voter la LFR expire à la mi-novembre, quelques jours avant que le chef de l’État ne puisse renvoyer les députés devant les électeurs. Un blocage budgétaire prolongé offrirait à Diomaye Faye un argument de poids pour justifier une dissolution, tandis qu’une adoption sans heurts priverait le président de ce levier politique.

Un test grandeur nature pour la cohabitation

Au final, Ousmane Sonko dispose bien des moyens constitutionnels de bloquer ou de réécrire le budget de Bassirou Diomaye Faye : rejet en séance, amendements de réduction ou motion de censure. Mais chacune de ces options l’expose à un coût politique élevé.

Face à lui, l’exécutif garde en main le décret de l’article 68, l’engagement de responsabilité de l’article 86 et, bientôt, la dissolution de l’article 87. Plus qu’une question de droit, l’examen de la LFR 2026 s’annonce comme un test grandeur nature de la nouvelle cohabitation entre le Palais et l’hémicycle.

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