Touaregs du Mali : le duel Gamou contre Alghabass pour le contrôle de Kidal

El Hadj Ag Gamou (à gauche) et Alghabass Ag Intallah face aux combattants du FLA près du rond-point de Kidal, le 4 mai 2026.

Dans l’immensité aride du Nord du Mali, Kidal cristallise les tensions entre deux figures touarègues aux ambitions opposées. D’un côté, El Hadj Ag Gamou, militaire expérimenté et défenseur d’une réintégration rapide des régions du Nord sous l’autorité de Bamako. De l’autre, Alghabass Ag Intallah, leader politique influent, porteur d’un projet d’autonomie pour les communautés touarègues. Leur affrontement symbolise les divisions persistantes qui minent la stabilité de la région.

Un conflit aux racines historiques profondes

Les origines de cette rivalité remontent à des décennies de revendications non résolues. Depuis l’indépendance du Mali en 1960, les populations touarègues du Nord réclament une meilleure représentation et le respect de leurs droits. Les accords de paix, signés à plusieurs reprises, n’ont jamais abouti à une paix durable, alimentant un climat de méfiance réciproque.

Les tensions actuelles trouvent leur origine dans les accords d’Alger de 2015, censés apporter une solution définitive. Pourtant, leur application a été sabotée par des interprétations divergentes. Alghabass Ag Intallah, en tant que secrétaire général du Mouvement pour la sauvegarde de l’Azawad (MSA), défend une interprétation maximaliste de ces accords, exigeant une large autonomie pour les territoires touaregs. À l’inverse, El Hadj Ag Gamou, proche des autorités de Bamako, prône une approche plus pragmatique, privilégiant la réintégration progressive des zones rebelles.

Kidal, épicentre d’une guerre d’influence

Kidal, ville stratégique du Nord-Est, est au cœur de ce bras de fer. Sous contrôle des groupes armés depuis 2012, elle est devenue le symbole des luttes de pouvoir au Mali. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), allié à Alghabass Ag Intallah, y exerce une influence grandissante, défiant l’autorité de Bamako.

El Hadj Ag Gamou, à la tête des Forces armées maliennes (FAMa), tente de reprendre le contrôle de la région. Ses troupes, soutenues par des partenaires internationaux, multiplient les opérations militaires pour déloger les rebelles. Pourtant, chaque avancée est contestée, plongeant la zone dans un cycle de violences sans fin.

Les acteurs clés de cette confrontation

  • El Hadj Ag Gamou : Général de division des FAMa, il incarne la ligne dure de Bamako. Son expérience sur le terrain et son alliance avec les forces internationales en font un adversaire redoutable pour les groupes armés.
  • Alghabass Ag Intallah : Figure politique majeure, il représente les aspirations autonomistes des Touaregs. Son leadership au sein du MSA et ses liens avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) renforcent sa position.
  • Le FLA : Ce mouvement armé, bien que divisé, reste un acteur incontournable dans la région. Son alliance avec Alghabass Ag Intallah en fait un partenaire clé dans la résistance contre Bamako.
  • L’Africa Corps : Cette force internationale, déployée pour soutenir les autorités maliennes, joue un rôle crucial dans l’équilibre des forces. Son engagement aux côtés d’El Hadj Ag Gamou est perçu comme une ingérence par les indépendantistes.

Les enjeux d’une guerre fratricide

Cette confrontation dépasse le cadre d’un simple conflit local. Elle oppose deux visions de l’avenir du Mali : une unité nationale préservée au prix d’une répression accrue, ou une autonomie accrue pour les régions du Nord, au risque de fragiliser l’État central.

Les civils, pris en étau, paient le prix fort. Les déplacements de population, les exactions et les pénuries alimentaires se multiplient. La communauté internationale, souvent impuissante, tente de négocier des cessez-le-feu, mais les divisions entre les acteurs locaux rendent toute solution durable illusoire.

Dans ce contexte, la question de la souveraineté malienne resurgit avec acuité. Bamako doit-elle accepter des concessions territoriales pour pacifier le Nord, ou doit-elle imposer une réintégration par la force ? La réponse déterminera l’avenir du Mali pour les décennies à venir.

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