Au Mali, la communication militaire a pris une tournure où les chiffres occupent désormais une place centrale. Récemment, la Direction de l’information et des relations publiques des Armées (DIRPA) a dévoilé un bilan impressionnant pour la période de juin et juillet : 1 850 terroristes « neutralisés », 45 bases détruites, ainsi qu’un nombre conséquent de véhicules et motos réduits en cendres. Pourtant, derrière ces annonces se cache une réalité plus nuancée, voire préoccupante.
Des statistiques qui interrogent
Comment une armée peut-elle revendiquer avec une telle précision des milliers de pertes ennemies en seulement deux mois sans fournir de preuves tangibles ? Dans un contexte marqué par l’opacité, la vérification indépendante devient un luxe inaccessible. Ni organisations de la société civile, ni observateurs neutres ne peuvent accéder aux zones de conflit pour confirmer ces chiffres. Le terme « neutralisé » reste flou : s’agit-il de combattants armés, de simples suspects arrêtés lors d’opérations de ratissage, ou pire, de civils victimes d’erreurs tragiques dans des zones devenues inaccessibles ?
Un fossé entre discours et réalité
Le décalage entre les annonces triomphalistes de la DIRPA et la situation vécue par la population malienne est saisissant. Si les groupes armés étaient réellement aussi affaiblis, pourquoi les grands axes routiers restent-ils sous la menace constante d’embuscades ? Pourquoi l’armée doit-elle mobiliser des ressources considérables pour escorter des convois de carburant, alors que les sanctuaires terroristes auraient été « purgés » ?
Les attaques récentes contre des camps stratégiques comme San ou Konna, ainsi que les offensives simultanées menées par le JNIM dans le Nord et l’Est, démontrent une résilience et une capacité d’adaptation intactes chez les groupes armés. Affirmer que l’ennemi est « fortement affaibli » tout en subissant des assauts coordonnés relève davantage de la rhétorique que de l’analyse tactique.
Une stratégie pour justifier les alliances controversées
Cette communication militaire sert également un objectif politique : légitimer les choix stratégiques de la transition, notamment le partenariat avec les forces russes d’Africa Corps. Le recours au Plan Dougoukoloko et l’éviction des partenaires traditionnels nécessitent une justification solide. La production de résultats spectaculaires devient alors un impératif pour Bamako.
En verrouillant l’accès à l’information et en marginalisant les analyses critiques, la capitale impose un récit unique où la victoire est présentée comme imminente, mais dont les preuves restent insaisissables. Tant que la DIRPA privilégiera les chiffres ronflants à la transparence, ces bilans continueront de nourrir le scepticisme des Maliens, confrontés chaque jour à une insécurité grandissante.