Le Sénégal face à un dilemme : politique ou économie ?
Depuis l’alternance politique de 2024, les Sénégalais attendaient une relance économique tangible. Pourtant, près de trois ans après cette transition, le pays peine à concrétiser ses ambitions. Entre querelles partisanes et manque de projets structurants, l’économie sénégalaise perd du terrain face à ses voisins de l’UEMOA.
L’Agenda Sénégal 2050 et le Plan de redressement économique et social (PRES), lancés respectivement en octobre 2024 et août 2025, devaient marquer le début d’une nouvelle ère. Mais aujourd’hui, ces initiatives peinent à se matérialiser. Les débats politiques prennent le pas sur les discussions économiques, et la polarisation de la vie publique s’accentue, notamment à l’approche des élections de 2029.
Une croissance en berne
Les dernières données de la BCEAO, publiées en juin 2026, révèlent un ralentissement préoccupant de l’économie sénégalaise. Avec une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre 2026, le pays se classe parmi les moins performants de l’Union, derrière des économies comme le Mali (6,1 %), le Niger (6,1 %) ou encore la Côte d’Ivoire (6,4 %). Une chute de 3,1 points par rapport à 2025, qui interroge sur la capacité des autorités à redresser la barre.
Autre signal d’alerte : la chute vertigineuse des investissements directs étrangers (IDE), passés de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025. Une baisse qui reflète un manque de confiance des investisseurs, exacerbé par l’instabilité politique et les incertitudes économiques.
Trois leviers pour relancer l’économie
Face à cette situation, des solutions existent. La première étape serait de restaurer la confiance des partenaires internationaux. Un accord avec le FMI, en plus d’apporter des ressources financières, enverrait un signal fort aux marchés et aux investisseurs sur la crédibilité de la trajectoire économique du Sénégal.
Deuxième priorité : faire du secteur privé un véritable moteur de croissance. Cela implique de faciliter l’accès au financement, de simplifier les démarches administratives et de renforcer les partenariats public-privé, notamment dans les secteurs clés comme les infrastructures, l’énergie et l’agriculture.
Enfin, une gestion rigoureuse des ressources publiques est indispensable. Le PRES promettait une réduction du train de vie de l’État, mais les retards s’accumulent, notamment dans la fusion des agences et structures d’accompagnement. Le temps presse.
Le Sénégal doit-il sacrifier sa stabilité économique sur l’autel de la politique ?
Les trois prochaines années seront décisives pour le Sénégal. Plutôt que de s’enliser dans des querelles partisanes, les autorités doivent placer l’économie au cœur des priorités nationales. Une trêve politique, même temporaire, pourrait permettre de relancer les réformes et de redonner au pays son statut de locomotive économique en Afrique de l’Ouest.
L’heure n’est plus aux promesses, mais aux actions concrètes. Le défi est de taille, mais les leviers existent. À condition d’agir avant qu’il ne soit trop tard.