Violences au Mali : l’armée et le groupe Wagner accusés d’exactions contre les civils peuls

  • Depuis le début de l’année 2025, les forces armées du Mali et leurs alliés du groupe Wagner, soutenus par la Russie, sont impliqués dans de nombreuses exécutions extrajudiciaires et disparitions forcées visant l’ethnie Peule.
  • Les autorités militaires et les mercenaires russes soupçonnent la communauté Peule de complicité avec les insurrections islamistes qui tentent de déstabiliser le pays.
  • Face à cette situation, l’Union africaine est appelée à renforcer sa vigilance au Mali pour assurer la protection des populations civiles et encourager des poursuites judiciaires transparentes.

Les opérations de lutte contre le terrorisme menées par les troupes maliennes et le groupe Wagner ont pris une tournure dramatique pour les civils. Depuis janvier 2025, des dizaines d’hommes issus de la communauté Peule auraient été victimes d’exécutions sommaires ou de disparitions inexpliquées. Ces exactions se déroulent principalement dans le cadre de l’offensive contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une organisation affiliée à Al-Qaïda.

Une responsabilité directe de la junte militaire

La gestion de la sécurité par la junte au pouvoir est vivement critiquée. Selon des experts du Sahel, les autorités de transition portent la responsabilité finale des actes commis par l’armée nationale et les combattants de Wagner. Il est impératif que la lumière soit faite sur le sort des disparus et que les coupables répondent de leurs actes devant la justice. L’Union africaine (UA) doit également peser de tout son poids pour que des enquêtes sérieuses soient ouvertes et que les familles obtiennent réparation.

Des témoignages recueillis entre février et mai 2025 font état d’une situation alarmante. Malgré les sollicitations adressées aux ministères de la Justice et de la Défense du Mali, aucune réaction officielle n’a été obtenue concernant ces allégations de crimes de guerre. Des rapports font notamment état du massacre de 65 éleveurs Peuls dans la localité de Sebabougou, située dans la région de Kayes, après leur interpellation par les forces de sécurité.

Stigmatisation et amalgames dangereux

Le recrutement de certains membres de la communauté Peule par des groupes djihadistes a engendré une stigmatisation généralisée. Les gouvernements successifs au Mali ont souvent entretenu une confusion entre cette ethnie et les combattants islamistes, exposant ainsi des innocents à des représailles systématiques.

À Belidanédji, dans la région de Ségou, des témoins ont décrit l’exécution de six civils qui tentaient de se mettre à l’abri fin mars. Un habitant a rapporté avoir vu son ami abattu sous ses yeux. Plus tôt dans le même mois, à Kourma, une douzaine d’hommes ont été emmenés de force par les soldats. Malgré les recherches de leurs proches dans les centres de détention, ils restent introuvables.

Évolution de la présence russe et enjeux régionaux

Alors que le groupe Wagner a annoncé la fin de sa mission en juin, ses activités semblent se poursuivre sous la bannière d’Africa Corps, une structure directement contrôlée par le Kremlin. Ce changement intervient dans un contexte de recrudescence des attaques menées par les groupes terroristes et les séparatistes Touaregs dans le nord du pays.

Le retrait du Mali de la CEDEAO et le départ de la mission de l’ONU en 2023 ont réduit les mécanismes de surveillance des droits humains. Pourtant, toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire, notamment les Conventions de Genève, qui proscrivent la torture et les exécutions de détenus. Le Mali étant signataire du Statut de Rome, la Cour pénale internationale suit de près l’évolution de la situation.

Détails des incidents marquants

Région de Douentza : le drame de Kobou
Le 23 janvier, l’armée a investi le village de Kobou. Trois hommes ont été tués, dont deux retrouvés les mains liées et les yeux bandés. Une trentaine d’habitations ont été réduites en cendres. Les images satellites confirment l’ampleur des destructions par le feu.

Région de Tombouctou : disparitions à Farana
Le 26 mars, quatre hommes Peuls ont été interpellés près d’une rivière à Farana. Des témoins ont découvert des traces de violence extrême et d’importantes quantités de sang sur les lieux de l’arrestation. Les victimes n’ont plus donné de signe de vie depuis cette date.

Région de Kayes : le massacre de Sebabougou
Le 12 avril, une centaine d’hommes ont été arrêtés et conduits vers le camp de Kwala. Quelques jours plus tard, 43 corps en décomposition ont été découverts à proximité du site militaire. Si certains détenus ont été transférés à Bamako puis libérés, le sort de nombreux autres reste incertain.

Région de Ségou : représailles à Sikere
Le 14 mai, des soldats accompagnés de miliciens Dozos ont encerclé Sikere. Après avoir rassemblé les hommes devant la mosquée, ils ont exécuté quatre membres de la communauté Peule d’une balle dans la tête, les accusant sans preuve de soutenir les djihadistes du GSIM.

Ces événements soulignent l’urgence d’une intervention internationale pour mettre fin au cycle de l’impunité au Mali, où les populations civiles se retrouvent prises entre le marteau des groupes armés et l’enclume des forces de sécurité.

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